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Qui est Robert Bourgi, baron de la Françafrique et nouvel acteur de l'affaire Fillon?

L'avocat, d'origine libanaise, est l'homme qui a émis un chèque de 13.000 euros pour payer les costumes de François Fillon. Pilier de la "Françafrique", il a notamment accusé Jacques Chirac et Dominique de Villepin de financements occultes. Portrait.

Il a conseillé les présidents Chirac et Sarkozy mais aussi l'ancien Premier ministre Villepin. Sur le sol africain, il appelait le président du Gabon Omar Bongo, "papa". Discret mais influent, le nom de Robert Bourgi, 71 ans, est aujourd'hui mis en lumière. C'est lui qui a signé un chèque de 13.000 euros le 20 février dernier, pour offrir deux costumes de chez Arnys à François Fillon. 

Né en 1945 à Dakar, cet avocat est, depuis 1983, l'éminence grise des différents gouvernements de droite sur les questions africaines. Conseiller de Jacques Chirac, puis conseiller de Michel Aurillac, ministre de la Coopération, en 1986-1988, Robert Bourgi se revendique d'abord comme un disciple du controversé Jacques Foccart, le "Monsieur Afrique" du président De Gaulle mais aussi de Georges Pompidou. A sa mort, en 1997, ce dernier le désigne d'ailleurs comme son successeur.

En 2005, Robert Bourgi décide de rallier le clan Sarkozy, qui l'a d'ailleurs décoré de la Légion d'honneur en 2007. Parmi les nombreux conseillers et communicants du chef de l'Etat de l'époque, l'avocat se démarque: "Je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy", affirmait-il en 2009 au Monde qui lui consacre un portrait détaillé et précis. 

L'ami des dirigeants africains

L'homme a en effet su se créer un précieux réseau auprès des chefs d'Etat africains: lors de ses études de droit à la faculté d'Abidjan, il rencontre Laurent Gbabgo, président de la Côte d'Ivoire de 2000 à 2011. Il est également proche d'Ali Bongo, fil d'Omar et président du Gabon depuis 2009.

"Je suis le seul à Paris qui peut dire à un ministre africain sans qu'il en prenne ombrage: 'Tu m'emmerdes, sale nègre!'", affirmait-il à Libération en 2009. Farouche défenseur de la "Françafrique", il n'hésite pas à faire tomber les têtes de ceux qui ne possèdent pas la même vision que lui. En 2009, il expliquait, sur l'antenne d'RTL:

"Je suis allé voir le Président de la République à l’Elysée en présence de M. Guéant, et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du Président Bongo. Et il m’a dit: écoute, dis à Omar, comme il l’appelle, et aux autres chefs d’Etat que M. Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis, un ami de M. Guéant. Il m’a donné le nom en me demandant de le garder pour moi. Et il m’a dit aussi, c’est important: ce nouveau ministre prendra ton attache, ne sois pas étonné et quelque part, tu l’initieras à l’Afrique". 

Ce sera Alain Joyandet qui héritera du poste. Il confirme et raconte au Monde que Robert Bourgi se permettait d'entrer dans la pièce, sans frapper, lorsqu'il s'entretenait avec des chefs d'Etat africain.

Financements occultes sous Chirac et De Villepin

En septembre 2011, Robert Bourgi décide de trahir Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Ce dernier fait ainsi des révélations fracassantes au Journal du Dimanche sur sa participation à des financements occultes, "estimés à 20 millions de dollars", entre 1997 et 2005.

"Pendant trente ans, Jacques Foccart a été en charge, entre autres choses, des transferts de fonds entre les chefs d'Etat africains et Jacques Chirac. Moi-même, j'ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris. (...) Il prenait le sac et se dirigeait vers le meuble vitré au fond de son bureau, et rangeait lui-même les liasses. Il n’y avait jamais moins de 5 millions de francs. Cela pouvait aller jusqu’à 15 millions. Je me souviens de la première remise de fonds en présence de Villepin. L’argent venait du maréchal Mobutu, président du Zaïre. C’était en 1995. Il m’avait confié 10 millions de francs que Jacques Foccart est allé remettre à Chirac".

Jacques Chirac avait porté plainte pour diffamation.

Des tensions avec Alain Juppé

En 2011, les choses se gâtent pour le conseiller occulte de Nicolas Sarkozy, lorsque Alain Juppé devient ministre des Affaires étrangères. Ce dernier décide de l'écarter peu à peu de la diplomatie étrangère, n'appréciant pas sa façon de mener la politique. Toujours dans le JDD, en 2011, Robert Bourgi explique: 

"(...) Tout le monde le sait, Alain Juppé m'a fait enlever de la liste des invités pour l'intronisation de Ouattara (élu président en Côte d'Ivoire, NDLR). Lui aussi me fait sourire quand je l'entends donner des leçons de morale. Je vais finir par cette histoire qui remonte à 1981. Alain Juppé a pris la tête du Club 89, un cercle de réflexion de chiraquiens qui s’est installé dans de superbes locaux de l’avenue Montaigne. C’est moi qui ai signé le bail du loyer, qui était de 50.000 francs mensuels, une somme pour l’époque. D’ailleurs, le téléphone du 45, avenue Montaigne était à mon nom! L’argent d’Omar Bongo a payé le loyer pendant des années, entre 1981 et 1992". 

Par la suite, l'avocat décide d'apporter son soutien à François Fillon en 2015 avant de faire volte-face et de soutenir Nicolas Sarkozy durant la primaire. Sans, manifestement, rompre le contact avec le désormais candidat LR à l'Elysée. 

Alexandra Milhat