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Qu'est-ce que le "kompromat", le procédé russe qui vise à monter des dossiers sur l'ennemi?

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Généralisée pendant la guerre froide par les services secrets soviétiques, la technique du "kompromat" vise à monter des dossiers pouvant nuire gravement à un ennemi.

Si on ne connaît pas, pour le moment, les raisons exactes qui ont poussé l'activiste Piotr Pavlenski à diffuser les vidéos à caractère sexuel attribuées à Benjamin Griveaux, la méthode utilisée pour faire tomber le candidat ressemble à un "kompromat", une technique utilisée depuis bien longtemps par les services secrets russes. 

En russe, "kompromat" signifie littéralement "dossier compromettant". Généralisée pendant la guerre froide par les services secrets soviétiques, cette technique vise à monter des dossiers pour nuire à un ennemi. Peu importe si les informations sont vraies ou fausses, l'important est d'avoir suffisamment d'éléments pour pouvoir faire chanter son adversaire ou le faire tomber. Les thèmes privilégiés: des affaires de drogues, de corruption et de sexe. 

Plusieurs affaires de kompromat ces dernières années

Pendant la guerre froide, les services du KGB embauchaient ainsi des prostituées chargées de séduire des hommes politiques des pays de l'ouest. Leur mission: amener ces hommes à livrer des informations sensibles enregistrées grâce à des micros installés secrètement dans les chambres d'hôtel. Des scènes reprises depuis dans de nombreux films d'espionnage.

Après la chute de l'URSS, en 1991, la technique a perduré. En 1999, Iouri Skouratov, procureur général, en est victime alors qu'il enquête sur des affaires de corruption liées au président Boris Eltsine, rappelle CNN. Il doit démissionner après la diffusion d'une vidéo sur une chaîne de télévision nationale où un homme lui ressemblant est au lit avec deux prostituées. 

Plus récemment, Vladimir Poutine lui-même a été accusé d'y avoir eu recours. En 2010, une certaine "Katia" séduit plusieurs députés du Kremlin avant de publier leurs relations sexuelles sur Internet, mettant à mal l'opposition au président. 

Un Français victime en 2015

En février 2015, Yoann Barbereau, alors directeur de l'Alliance française d'Irkousk est arrêté, accusé d’attouchements sur sa fille et de diffusion d’images pédopornographiques. Aussitôt, il affirme être victime d'une machination. L'homme de 41 ans est condamné à 15 ans de colonie pénitentiaire. Il parvient finalement à s'enfuir de Russie et rejoint la France en novembre 2017. Dans Les Geôles de Sibérie, paru le 15 février, il raconte son histoire. 

"A l'époque, j'étais proche du maire de la ville d’Irkoutsk, qui est un opposant de Poutine. J'étais sans doute un peu trop visible auprès des voix contestataires. La Russie vient d’annexer la Crimée, on est au pire des relations franco-russes", explique t-il dans un entretien à Ouest France. "Un chef du FSB (service qui a succédé au KGB), ambitieux partisan de Poutine, rêvait de monter en grade. Ce n’est pas le Kremlin qui a demandé ma peau évidemment, mais un serviteur zélé qui espérait faire avancer sa carrière, en profitant du contexte ambiant."

Le développement des réseaux sociaux aura, sans nul doute donné, une nouvelle dimension au "kompromat", rendant la technique plus puissante encore pour faire tomber ses ennemis. Malgré tout, en faisant usage de cette technique, Piotr Pavlenski cultive un paradoxe. Depuis le début des années 2010, ce dernier n’a cessé de dénoncer l’oppression du système russe. 

Cyrielle Cabot