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Présidentielle: les 3 inconnues du second tour

Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront au second tour de l'élection présidentielle.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront au second tour de l'élection présidentielle. - VALERY HACHE, JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Si les premiers sondages réalisés depuis dimanche donnent Emmanuel Macron largement vainqueur au second tour le 7 mai prochain, la candidate du Front national affiche sa détermination à les faire mentir. Reports de voix incertains, débat d'entre-deux tours et constitution ou non d'un front républicain citoyen, plusieurs inconnues pèseront sur l'issue du scrutin.

"Je n'ai aucune déception, je n'ai que des espérances". Sur le plateau de France 2 ce lundi soir, Marine Le Pen, arrivée deuxième au premier tour de la présidentielle, affiche son optimisme. La candidate du Front national se dit certaine de pouvoir l'emporter le 7 mai. "Nous pouvons gagner, nous allons gagner", veut-elle croire.

Pourtant, les sondages réalisés depuis l'annonce des résultats dimanche donnent Emmanuel Macron largement vainqueur face à elle. D'après une enquête Elabe pour BFMTV publiée ce lundi soir, le candidat d'En Marche! recueille 64% des voix, contre 36% pour son adversaire d'extrême droite. Marine Le Pen est-elle en mesure de faire mentir les études d'opinion? Peut-elle renverser la tendance en l'espace de 13 jours?

Si ce scénario semble se heurter au même plafond de verre que la candidate, plusieurs inconnues demeurent néanmoins. Les reports de voix, la teneur de la campagne et la constitution ou non d'un véritable front républicain contre la candidate frontiste seront déterminants pour la teneur du scrutin.

Des reports de voix incertains...

D'ici au 7 mai, des reports de voix de candidats défaits vers les deux finalistes vont avoir lieu. Difficile de dire pour l'instant comment ceux-ci se répartiront, mais plusieurs phénomènes sont envisageables. D'après Eddy Fougier, politologue et chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), ils devraient bénéficier en majorité à Emmanuel Macron, en provenance de l'électorat de François Fillon notamment, qui a appelé à voter pour lui.

"On imagine mal qu'une majorité de l'électorat de François Fillon choisisse Marine Le Pen", avance-t-il, contacté par BFMTV.com. "Ses électeurs ont acté la défaite de leur candidat, on en a eu la confirmation hier, et j'imagine mal que, sur un coup de sang, ils veuillent voter Marine Le Pen", poursuit-il.

Quant aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui n'a pas donné, lui, de consigne de vote et organise une consultation de ses partisans, leur report sur Marine Le Pen est pour Eddy Fougier un "fantasme". Le chercheur cite un sondage réalisé dimanche par l'Ifop, qui a interrogé les électeurs sur leur candidat de deuxième choix.

...mais une réserve de voix limitée pour Marine Le Pen

  • L'étude montre en effet que parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, seuls 7% hésitaient avec Marine Le Pen. Un chiffre légèrement plus élevé à l'inverse: parmi les électeurs de la candidate, 9% hésitaient avec son adversaire de La France insoumise. C'est dans l'électorat de François Fillon que se trouvaient les indécis de Marine Le Pen les plus nombreux, puisqu'ils étaient 12% à la placer comme deuxième choix. "Emmanuel Macron était un plan B beaucoup plus courant", note Eddy Fougier, puisque le candidat était "numéro 2" pour 21% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 24% de ceux de Benoît Hamon, 22% de ceux de François Fillon, et 7% de ceux de Marine Le Pen.

Enfin, 9% des électeurs de Marine Le Pen hésitaient avec Nicolas Dupont-Aignan, qui a annoncé qu'il donnerait une consigne en ce début de semaine. Et c'est là que Marine Le Pen peut espérer puiser en priorité, ce qui ne lui suffirait sans doute pas pour rattraper Emmanuel Macron, puisqu'en termes de reports de voix, 2+2 ne font jamais 4, et que des voix se perdent toujours. 

Le FN profitera-t-il de la campagne?

"Le brouillard va s'estomper parce que nous sommes face à face", a aussi déclaré Marine Le Pen lundi soir sur France 2. La candidate, mise en difficulté lors du débat à onze face aux petits candidats notamment, semble se réjouir de s'engager maintenant dans un duel avec Emmanuel Macron. Une telle configuration lui est habituellement plus favorable. Les deux candidats s'affronteront le mercredi 3 mai lors d'un débat télévisé.

"L'enjeu, pour le FN, c'est la tonalité qu'ils peuvent donner à l'entre-deux tours", analyse Eddy Fougier. "Ils peuvent avoir une chance s'ils arrivent à orienter le débat - au sens large et au sens propre - sur le clivage entre patriotes et mondialistes", poursuit-il.

Cela implique aussi de résister aux critiques du parti comme anti-républicain, reprises par la classe politique dans sa quasi-totalité depuis dimanche. Dans l'étude de l'Ifop, les personnes interrogées se disent majoritairement "perdantes de la mondialisation". "Si elle arrive à être crédible comme porte-parole de ces perdants, elle a un potentiel électoral important", analyse Eddy Fougier. Pourtant, à en croire l'étude Elabe, la candidate frontiste garde un gros problème d'image.

Les problèmes d'image de Marine Le Pen demeurent

Emmanuel Macron est considéré comme étant le plus "capable d'avoir une majorité à l'Assemblée" (68% contre 23% pour Marine Le Pen), comme ayant "le plus les qualités nécessaires pour être président", comme ayant "le meilleur projet", étant "le plus honnête" (58% contre 32%), "le plus proche de vos idées ou vos valeurs" (56% contre 35%) et même comme "comprenant le mieux les gens comme vous", d'après les personnes interrogées. La candidate ne l'emporte que dans une catégorie: "veut vraiment changer les choses".

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- © Capture Elabe pour BFMTV et L'Express.

"Le FN continue de faire peur et n'est pas forcément jugé crédible pour exercer le pouvoir", rappelle Eddy Fougier, qui prévoit au second tour "un scénario à la hollandaise ou à l'autrichienne plutôt qu'à l'américaine".

"Norbert Hofer et Geert Wilders étaient favoris dans ces deux pays mais ce sont heurtés au plafond de verre. Donald Trump était certes un populiste, mais c'était le candidat du parti républicain", fait valoir le chercheur. 

Quel front républicain au second tour?

Si de très nombreux responsables politiques de droite et de gauche ont appelé depuis dimanche à voter pour Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle, d'autres se sont abstenus. Les résultats historiques enregistrés par le Front national n'ont en outre pas suscité d'appel massif et citoyen à manifester comme ce le fut le cas en 2002 lors de l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour. "J'étais un personnage beaucoup plus clivant" que Marine Le Pen, expliquait hier le président d'honneur du FN sur BFMTV.

"Il y a une génération qui n'a pas connu le 21 avril et pour qui le FN n'est pas aussi sulfureux que de l'époque de Jean-Marie Le Pen", avance Eddy Fougier, qui voit un aspect générationnel à cette résignation. 

De là à douter qu'un front républicain s'exprime dans les urnes au second tour? D'après lui, "les électeurs appliquent de facto le front républicain" dans les urnes face au Front national, et ce même si les appareils n'appellent pas leurs partisans à le faire. C'est en tout cas ce que montre une étude de Jérôme Jaffré pour la Fondapol, sur le FN et l'épreuve du second tour.

"J'ai du mal à voir des signaux favorables en faveur de Marine Le Pen, même si jusque là toutes les planètes étaient alignées", conclut Eddy Fougier. "Si une énorme surprise avait dû se produire, elle aurait eu lieu au premier tour."

Charlie Vandekerkhove