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Pourquoi Valls quitte la vie politique française

Manuel Valls a déclaré sa candidature à la mairie de Barcelone ce mardi dans un discours en catalan.

Manuel Valls a déclaré sa candidature à la mairie de Barcelone ce mardi dans un discours en catalan. - AFP

Sa candidature à Barcelone permet à l'ancien Premier ministre de s'extraire de la vie politique française, dans laquelle il peinait à retrouver de l'envergure.

Manuel Valls s'est lancé. Mardi soir, l'ancien Premier ministre a officialisé sa candidature à la mairie de Barcelone. Depuis le printemps dernier, Manuel Valls explique que l'idée de sa candidature est venue d'abord du parti centriste Ciudadanos ainsi que de la plateforme Société civile catalane, venus le sonder à la fin de l'hiver 2017.

L'idée de franchir les Pyrénées tombait à point nommé, car en France, la situation politique de Manuel Valls n'était pas bonne. Juste avant les législatives, le 30 mai 2017, il était désigné comme la personnalité politique suscitant le plus de rejet en France: 54% des sondés déclaraient le "rejeter".

Des débuts difficiles avec En Marche

Défait à la primaire socialiste, passant pour "le traître" face à François Hollande, l'ancien Premier ministre a quitté le PS mais n'a pas été accueilli pour autant sous les applaudissements chez En Marche. Les derniers mois passés au gouvernement ont été empreints de tensions et de rivalités avec Emmanuel Macron. Alors que Manuel Valls annonce qu'il sollicitera l'investiture du parti fondé par Emmanuel Macron aux législatives, la réponse se fait sèche: "L'investiture n'est pas automatique. Il devra faire acte de candidature, comme moi", répond Christophe Castaner.

Finalement élu sans étiquette (mais sans adversaire LaREM face à lui) avec seulement 139 voix d'avance dans "sa" circonscription d'Evry, dans l'Essonne, Manuel Valls a tout de même réussi à intégrer le groupe LaREM grâce à un vote des députés en sa faveur. Mais l'ambiance n'y est pas: l'ancien maire d'Evry est accueilli avec circonspection par ses nouveaux collègues. Les attributions de postes dans les différentes commissions de l'Assemblée provoquent déjà des tensions: Manuel Valls avait obtenu son premier choix, un poste à la commission des Lois, ce qui avait fait grincer les dents de certains de ses collègues, qui n'avaient eu quant à eux que leur quatrième choix.

Ambitions contrariées

Un temps discret, l'ancien Premier ministre se mue même en parrain bienveillant pour les nouveaux arrivés de l'Assemblée. Mais peu à peu, il prend de plus en plus position publiquement sur ses sujets de prédilection comme la laïcité et la lutte contre le terrorisme. Dans les médias, il développe ses propres idées, parfois éloignées des thèses d'Emmanuel Macron et va même jusqu'à réclamer des "clarifications" de la part du chef de l'Etat sur la laïcité. Ces positions sont accueillies très froidement: "Il a d'abord fait le bon élève, puis il a tenté de peser dans les débats sur le texte asile et immigration", raconte un ministre LaREM dans Le Figaro. "Il a testé son curseur de positionnement et compris que Macron ne le ferait jamais revenir."

Manuel Valls n'avait pas l'intention de rester simple député. Mais avec Emmanuel Macron, la confiance semble définitivement rompue. Les ambitions françaises de l'ancien conseiller de Michel Rocard s'arrêtent là: c'est le moment pour Manuel Valls de prendre le large et de tenter de rebondir en Espagne. Une décision dont Emmanuel Macron a été informé tôt, de sorte qu'elle n'a surpris personne dans l'exécutif. C'est même avec bienveillance qu'une partie des cadres a commenté son départ pour l'Espagne. Mais pas de sentimentalisme: les macronistes préparent déjà l'élection partielle de l'Essonne pour élire le successeur de Manuel Valls. "Ca va être hard", redoute un ministre.

Ariane Kujawski