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Politiques et syndicalistes raillent la distinction accordée au patron de BlackRock France

Jean-François Cirelli

Jean-François Cirelli - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Ce mercredi, la nouvelle de la promotion de Jean-François Cirelli, patron de la filiale française du gestionnaire d'actifs BlackRock, au rang d'officier de la Légion d'honneur a paru au Journal officiel. Cette nomination, alors que la société américaine est accusée de tenter d'influencer les pouvoirs publics dans le sens d'une mise en place d'un système de retraite par capitalisation, a aussitôt suscité une polémique.

La nomination du patron de la branche française du géant américain de la finance BlackRock au rang d'officier de la Légion d'honneur était critiquée mercredi par les opposants à la réforme des retraites, qui accusent la société de vouloir l'influencer à son avantage. 

Du Parti communiste à Debout la France, l'opposition dénonce

Jean-François Cirelli, ancien dirigeant de GDF-SUEZ, puis d'Engie, et actuel président de la branche française de BlackRock a été nommé officier sur le contingent du Premier ministre, selon la promotion du Nouvel an de l'Ordre national de la Légion d'honneur publiée mercredi au Journal officiel. "Jean-François Cirelli, président de BlackRock France, est promu Officier de la légion d'honneur en ce 1er janvier. En récompense du pillage de nos retraites par répartition?" a réagi le parti communiste sur Twitter, où la nouvelle était abondamment commentée.

Mathilde Panot, députée élue dans le Val-de-Marne et membre de la France insoumise, a également dénoncé l'initiative, élargissant son propos à la critique des institutions actuelles. "Dans la République des privilèges, on élève au grade suprême les destructeurs des conquêtes sociales. Démocratie malade, 5ème République à bout de souffle", a-t-elle écrit. 

A droite, Nicolas Dupont-Aignan, député élu dans l'Essonne et président de Debout la France, a quant à lui évoqué une "corruption" du pouvoir. "Leur arrogance est sans limite ! En ce 1er janvier, J-F Cirelli patron de BlackRock France (fond de pension américain, 1er bénéficiaire de la réforme des retraites) est élevé officier de la Légion d’honneur. Pour le plus grand malheur des Français, ce pouvoir est corrompu !"

L'indignation relayée par les organisations 

"BlackRock pourrait directement bénéficier de la #reformedesretraites", assurait pour sa part Maxime Combes, porte-parole de l'ONG Attac France.

Le compte Twitter d'une section de la CGT s'est aussi ému de la situation. "1er Janvier 2020 Jean-François Cirelli de BlackRock France nommé par Macron au grade d’officier de la Légion d’honneur! L'ombre prédatrice de BlackRock plane sur nos retraites. Winter is comin", proclame la publication, s'achevant par une référence à la série Game of Thrones et un appel à la grève générale. 

Un puissant gestionnaire d'actifs 

Peu connu jusque-là du grand public, le nom de BlackRock a pris un écho particulier à l'occasion de la mobilisation en France contre le projet gouvernemental de réforme des retraites, jusqu'à orner désormais des pancartes brandies lors des manifestations. Le puissant gestionnaire d'actifs a ainsi été accusé de faire valoir auprès de l'exécutif le régime de retraite par capitalisation, sur le modèle des fonds de pension américains, au détriment du système français actuel par répartition, ce dont il s'est défendu récemment dans un communiqué publié par sa filiale française. "En aucune manière, nous n'avons cherché à exercer une influence sur la réforme du système de retraite par répartition en cours auprès des pouvoirs publics ou de tout autre acteur du secteur", a assuré BlackRock.

Le gestionnaire d'actifs, implanté en France depuis plus de 13 ans, "dialogue avec les organismes de réglementation et les pouvoirs publics", "dans le but d'expliquer [son] point de vue sur l'intérêt des investisseurs à long terme", selon son communiqué. Le quotidien L'Humanité avait de son côté publié le 11 décembre un document interne d'une quinzaine de pages attribué à BlackRock, détaillant l'intérêt de développer l'épargne-retraite par capitalisation en France en s'appuyant notamment sur la loi Pacte votée au printemps, même si le système de retraite par répartition "restera au cœur de l'épargne retraite française". 

Fondé en 1988 aux Etats-Unis, BlackRock a indiqué à l'occasion de la publication de ses derniers résultats financiers gérer un portefeuille d'actifs de quelque 7.000 milliards de dollars.

R.V. avec AFP