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Photo polémique lors de la "marche contre l'islamophobie": une tribune en soutien à Esther Benbassa

Esther Benbassa, lors de la "marche contre l'islamophobie"

Esther Benbassa, lors de la "marche contre l'islamophobie" - GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Intellectuels et figures politiques ont affiché leur soutien à la sénatrice EELV dans les colonnes du HuffPost, affirmant que la controverse autour du cliché de "l'étoile jaune" n'avait pour but que d'attaquer ses idées et de détourner du problème de l'islamophobie.

La photographie a fait polémique à la suite de la "marche contre l'islamophobie", déjà entachée par la présence de personnalités controversées dans ses rang. Le 10 novembre, après le rassemblement, la sénatrice Europe Écologie-Les Verts (EELV) a tweeté un cliché sur lequel elle apparaît entourée de participants à la marche. Le hic? Ces hommes, ces femmes et la fillette qui les accompagne portent une étoile jaune, accolée à un croissant de lune, sur leurs vestes.

Bien que l'étoile ne comportait que cinq branches - et non six comme celle utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale comme symbole de discrimination des Juifs -, de nombreuses personnes se sont indignées que le sort des musulmans qui vivent aujourd'hui en France soit comparé à celui des Juifs lors de la Shoah, notamment avec l'inscription "muslim" inscrite dessus.

Une polémique qui "sert de leurre"

Esther Benbassa, qui a déclaré n'avoir pas remarqué les étoiles lors de la prise de la photo, s'est défendue de tout antisémitisme et a répondu aux attaques la visant sur Twitter.

Une tribune publiée sur le HuffPost, intitulée "Esther Benbassa fait honneur à la République" et signée par de nombreuses personnalités et intellectuels de gauche apporte ce lundi son soutien à l'historienne. Ils estiment que ses détracteurs se sont attaqués à elle et à ce cliché principalement pour détourner l'attention du véritable but de la "marche contre l'islamophobie".

"Esther Benbassa ne nie pas que la simple existence de ce badge ait pu blesser des gens. Ni que l’on puisse y voir une maladresse", peut-on lire. Reste que la focalisation sur ce badge et sur l’envoi de cette photo est d’abord l’effet visible d’une convergence d’intérêts politiques divers autour de cette manifestation. Elle sert de leurre, elle fait diversion. En détournant l’attention de la crise sociale qui secoue notre pays. Et en empêchant toute réflexion un tant soit peu équilibrée sur la réalité du racisme anti-musulman."

La tribune insiste également sur le parcours d'Esther Benbassa et les travaux qu'elle a pu menés au cours de sa carrière d'historienne. Les signataires expliquent que nombre d'entre eux se concentrent sur l'histoire du judaïsme, de la Shoah, et des minorités.

"Esther Benbassa n’a jamais assimilé la condition des musulmans dans la France d’aujourd’hui à celle des Juifs pendant la Shoah. Et pour cause. Elle est historienne. Ses accusateurs font mine d’ignorer qu’elle est l’auteure d'un essai datant de 2004: "La République face à ses minorités. Les Juifs hier, les musulmans aujourd’hui", rapporte le texte.

On reproche à Esther Benbassa "ses engagements"

Pour ces raisons, les signataires assurent que les attaques à l'encontre de la sénatrice EELV visaient simplement à reprocher à Esther Benbassa "ses engagements" politiques, tant il était impossible que ce cliché témoigne d'un quelconque antisémitisme.

"L’erreur d’Esther Benbassa est en fait de croire que tous ces combats n’en font qu’un. C’est d’incarner, avec d’autres et autant qu’elle le peut, cette 'convergence des luttes' à laquelle une partie de la gauche a renoncé et qui fait peur à beaucoup d’autres, de LaREM au RN. On pourra toujours se moquer de son accent. Esther Benbassa est une grande voix. Parce qu’elle est d’abord l’une des voix des sans-voix."

"Cette voix-là ne doit pas se taire. Elle ne se taira pas", conclut la tribune du HuffPost, dont les signataires vont de Clémentine Autain, députée LFI de Seine-Saint-Denis à David Cormand, secrétaire national d’EELV, en passant par Olivier Besancenot, ancien porte-parole du NPA, Guillaume Balas, coordinateur de Génération.s, et Cécile Duflot, ancienne ministre. Journalistes, sociologies, historien(ne)s et des anthropologues ont également apposé leurs signatures aux côtés de celles des figures politiques, en très grande majorité de gauche.

Juliette Mitoyen