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Manuel Valls dans le Nord: la fête morose des militants PS

Manuel Valls à la fête de la Rose de Wattrelos dans le Nord dimanche 20 mars 2016

Manuel Valls à la fête de la Rose de Wattrelos dans le Nord dimanche 20 mars 2016 - François Lo Presti - AFP

Dans une section PS du Nord favorable à la politique gouvernementale et à l'union derrière François Hollande et son Premier ministre, Manuel Valls a défendu ses choix mais surtout mis en garde contre les risques d'une démobilisation des militants. Ceux-ci semblent pourtant de plus en plus désabusés.

En visite, dimanche, sur les terres de Martine Aubry à Wattrelos dans le Nord pour la fête annuelle de la Rose, Manuel Valls a tenté de répondre "aux interrogations" qui entourent sa politique. "N'écoutez pas ceux qui disent que la gauche au pouvoir a perdu son âme, refusez la tentation", a lancé le Premier ministre à des militants moroses avant de définir ce qu'est "être de gauche". "Avoir la passion de l'égalité", "agir pour la solidarité", "tout faire pour l'emploi", "tout faire pour la sécurité", a énuméré Manuel Valls insistant sur le besoin de se "réinventer" pour engranger de futurs succès. 

Au moment où le locataire de Matignon s'exprimait, la gauche était d'ores et déjà éliminée de deux des trois législatives partielles, remportées toutes par le candidat Les Républicains. Non loin de là, dans le Nord, c'est un duel LR-FN qui a été proposé au second tour, comme un mauvais remake des dernières régionales où le PS avait été rayé du paysage pour barrer la route de Marine Le Pen au profit de Xavier Bertrand.

Alors Manuel Valls a martelé ses mises en garde "contre cette tentation mortelle de tirer contre son propre camp", a-t-il affirmé sans citer le nom de la maire de Lille lors de cet événement auquel participaient 400 à 450 militants et où était présent notamment le ministre de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, mais pas Martine Aubry. "Nous diviser, fracturer la gauche, c'est ouvrir un boulevard à l'extrême droite. Et c'est préparer le retour de la droite", a-t-il répété. 

"Je suis très déçue"

Et si les patrons de cette section du PS assurent le chef du gouvernement de leur soutien, voyant dans son discours de "reconquête" un grand besoin "de se rassembler", d'autres militants interrogés par BFMTV ne sont pas à la fête. "Il faudrait changer beaucoup de choses, en attendant on verra avec le temps", soupire une femme présente quand son voisin assure "qu'on ne peut pas être d'accord avec tout. (...) Faut être logique".

"Je suis très déçue" par la politique de François Hollande et de Manuel Valls, explique encore une militante. "Il faut un avenir pour nos jeunes", espère-t-elle alors qu'un soutien au projet de loi El Khomri a été demandé. Quant à savoir si elle comptait glisser un mot au Premier ministre, elle s'interroge morose: "De toute façon, est-ce qu'il va nous écouter?"

Au Parisien l'élu Jérôme Guedj formule le constat suivant: c'est "comme si notre élimination devenait normale", juge-t-il, rappelant que outre 16 défaites sur 18 scrutins partiels depuis 2012, la gauche a été absente du second tour dans 50% des cas avec souvent une participation très faible. "Nos électeurs, pense-t-il, restent chez eux par désamour."

S.A. avec Jérémy Trottin