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Manifestation d'étudiants à Lille: "La violence n'a pas de légitimité", condamne Hollande

Invité de BFMTV et RMC, l'ancien chef de l'État est revenu sur l'incident qui a eu lieu mardi à Lille, au cours duquel des étudiants ont déchiré des exemplaires de son ouvrage.

L'effacement de plus en plus manifeste des corps intermédiaires est-il à la racine des débordements survenus mardi matin à l'université de Lille? C'est en tout cas l'avis d'un des premiers concernés, François Hollande, qui s'est vu empêcher d'y tenir une conférence. Invité ce mercredi de BFMTV et RMC, l'ex-chef de l'État a condamné le "tout petit groupe" venu bloquer la faculté - ils étaient 300 à 400 - et dénoncer la précarité des étudiants, après que l'un d'entre eux a tenté de s'immoler à Lyon. 

Un acte "tellement grave, tellement lourd, qu'il est légitime que des étudiants puissent être en solidarité avec ce jeune qui est entre la vie et la mort", concède François Hollande.

Sa conférence, articulée autour de son récent ouvrage sur les institutions françaises, Répondre à la crise démocratique, aurait pu être l'occasion d'après lui de "répondre" à certaines interrogations des étudiants. L'ancien président de la République est par ailleurs revenu sur les images de jeunes déchirant sciemment des exemplaires de son essai. 

"Ça rappelle quand même des images, quand on s'en prend aux livres, quand on s'en prend aux auteurs... Il y a une responsabilité politique, il faut toujours l'assumer. Mais là, le livre, il y a quelque chose de sacré, surtout quand il parle de la démocratie", s'inquiète François Hollande. 

"La violence pour faire parler de soi"

Comprenant les "inquiétudes", les "exaspérations", les "peurs", l'ex-locataire de l'Elysée dit prendre sa "part de responsabilité" dans l'enracinement de ces sentiments au sein du monde étudiant. "Même si, pour ce qui concerne les bourses, je les ai augmentées, j'ai élargi le nombre de bénéficiaires, j'ai créé des logements étudiants", prend-il toutefois la peine de rappeler. Et de s'inquiéter: "La violence, il faut y faire maintenant très attention, car ça devient un mode de recours contre ce qu'est la forme de la démocratie."

"Je pense que ce qui ne va pas, je crois qu'il faut le reconnaître, c'est que (...) le rôle des syndicats, le rôle des élus, le rôle de ce qu'on appelle les corps intermédiaires a été réduit, et qu'à partir de là, il y a une tentation, et les médias peuvent être aussi un instrument; (...) créer un incident, recourir à la violence, pour faire parler de soi, pour faire parler du mouvement, pour faire parler d'une revendication", analyse l'intéressé.

Selon François Hollande, qui sait que la violence a pu être un outil des mouvements sociaux dans l'Histoire, "la violence n'a pas de légitimité lorsqu'il y a des procédures démocratiques". Et l'ancien chef de l'État d'évoquer la gronde sociale qui guette l'actuel gouvernement. "Je suis inquiet pour mon pays", affirme-t-il. 

Jules Pecnard