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Les frondeurs auront-ils la peau du gouvernement?

Le PS est au bord de l'implosion à seulement un an de l'échéance présidentielle.

Le PS est au bord de l'implosion à seulement un an de l'échéance présidentielle. - Eric Feferberg - AFP

Le Parti socialiste est au bord de l'implosion. Entre motions de censure et ambitions personnelles, la rue de Solférino a bien du mal à tenir ses troupes en ordre de marche pour 2017.

Les socialistes n'en finissent plus de se déchirer. Dans la guerre des tranchées qui oppose le gouvernement aux frondeurs, la Loi Travail semble être la dernière bataille en date d'une longue série à venir. Car comme l'a promis Christian Paul sur BFMTV, "il y aura une deuxième motion de censure", dès le retour du texte devant l'Assemblée Nationale. 

La Loi Travail passera en force 

C'est le principal point d'accroche entre le gouvernement et l'aile gauche du Parti socialiste. Le projet de loi El Khomri, qui doit désormais passer entre les mains du Sénat, n'a même pas été discuté à l'Assemblée. Inacceptable pour 26 députés socialistes (sur 56 signataires de la motion) qui ont tenté en vain de déposer une motion de censure pour renverser le gouvernement. Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du parti, a d'ores et déjà saisi la Haute Autorité éthique du PS pour régler le sort des 26 contrevenants à la ligne officielle. 

Si l'excommunication était votée, le PS perdrait gros. D'abord, il risquerait de s'aliéner définitivement certains députés qui, ayant soutenu une motion de censure des gauches, n'ont toutefois pas voté celle déposée par la droite. Et puis à un an de la présidentielle, fermer la porte à l'infime possibilité de réunir tous les députés PS derrière François Hollande transformerait la campagne du chef de l'Etat en chemin de croix. Certains, comme le chef de file des frondeurs Christian Paul, ont déjà mis en doute l'opportunité d'une candidature du président, lui préférant d'autres candidats venus de la gauche.

Les ambitions personnelles s'affichent

Dans l'ombre de François Hollande, les futurs candidats à la primaire de la gauche (si elle est organisée) préparent leurs armes. L'un d'entre eux, Emmanuel Macron, aurait même déjà lancé le financement de sa campagne présidentielle - ce qu'il dément. Un coup de poignard pour le chef de l'Etat qui avait pourtant tout fait pour maintenir son poulain dans le giron de sa candidature. Mais Emmanuel Macron n'est pas le seul à rêver de devenir calife à la place du calife. 

En coulisses, Arnaud Montebourg lui aussi aiguise sa lame. L'ancien ministre, toujours membre du PS malgré sa défection du gouvernement de Manuel Valls, l'a annoncé sur France 2: "S’il y a des responsabilités à prendre, je les prendrai." Arnaud Montebourg pourrait bien attirer à lui la gauche de la gauche et parasiter une éventuelle candidature d'Emmanuel Macron auquel il ne voue pas une passion dévorante. 

"Je ne sais pas ce qu'il propose, je ne comprends pas ce qu'un ministre de l'Economie fait quand il fonde un mouvement politique: quand on est ministre de l'Economie, on a beaucoup de problème à régler", tance Montebourg.

La base s'effondre

S'il fallait encore une raison de s'inquiéter au Parti socialiste, la pression populaire lui a fournie. Depuis l'annonce et la présentation du projet de Loi Travail, la mobilisation ne décroît pas et fait craindre à certains une radicalisation de la contestation. Au-delà de l'évident risque de provoquer un regain de mobilisation avec l'usage de l'article 49.3, les socialistes craignent surtout de se couper définitivement de leur base militante. 

Les jeunes socialistes ont déjà montré qu'ils n'avaient pas peur de contredire le Premier ministre sur ce projet de loi, mais s'aliéner la base pourrait avoir une conséquence bien plus grave pour François Hollande: l'impossibilité de rallier toute la gauche lors d'un éventuel second tour. Sur les réseaux sociaux, des électeurs de gauche s'expriment: certains pensent à s'abstenir s'il fallait faire barrage à la droite ou même à l'extrême-droite au second tour. 

Paul Aveline