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Apartheid, ce mot de Manuel Valls qui gêne la gauche

Manuel Valls lors de ses voeux à la presse, mardi 21 janvier à Matignon.

Manuel Valls lors de ses voeux à la presse, mardi 21 janvier à Matignon. - Patrick Kovarik - AFP

L'expression utilisée par Manuel Valls mardi, lors de ses voeux à la presse, provoque un malaise à gauche, y compris au sein du Parti socialiste.

L'expression ne fait pas l'unanimité. Mardi, lors de ses vœux à la presse, Manuel Valls est revenu sur les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises. "Qui aujourd'hui s'en rappelle? Et pourtant les stigmates sont toujours présents. La relégation périurbaine, les ghettos, ce que j'évoquais en 2005 déjà – un apartheid territorial, social, ethnique qui s'est imposé en France."

Un mot fort, qui a provoqué un certain malaise à gauche, y compris chez les proches de Manuel Valls. "Je pense que c'est maladroit", juge Jean-Jacques Urvoas, député PS du Finistère, sur BFMTV. "Je ne l'aurais pas choisi, car c'est un mot connoté géographiquement et historiquement, ça voudrait dire que la France a décidé de faire une partition dans ses territoires. Je trouve que le terme de ghetto définit mieux la réalité", assure-t-il. D'ailleurs, ce proche de Manuel Valls croit savoir qu'"il ne le réutilisera pas, ou bien il précisera le contexte".

"Un problème de réalité"

Le mot met décidément mal à l'aise. Claude Bartolone lui-même a du mal à l'approuver… Et à le condamner. Il préfère donc ne pas le commenter directement: "Je vois bien que le Premier ministre a voulu marquer les esprits", lâche simplement le président PS de l'Assemblée, par ailleurs député de Seine-Saint-Denis, sur France Info.

"Quel que soit le mot, je lui dis: 'maintenant, on y va'. On a employé les mots ghetto, assigné à résidence... Je sais ce que nous avons perdu pour les associations, l'école, les services publics en particulier, depuis dix ans", rappelle Claude Bartolone. Et d'insister: "si c'est l'alerte, il faut réagir".

Laurent Fabius lui-même préfère tempérer l'utilisation du terme qui, selon lui, décrit une situation juridique. "Manuel Valls a voulu dire qu'il y a une ségrégation considérable que tout le monde observe", avance le ministre des Affaires étrangères sur RTL. Mais selon lui, "le problème en France n'est pas juridique, mais c'est un problème de réalité". Il refusera ensuite de commenter davantage cette expression.

Valls prône l'action

Pascal Cherki, lui, ne commente pas le terme en lui-même, mais note une contradiction chez Manuel Valls. "Selon le Premier ministre, il y aurait un apartheid territorial en France. Alors pourquoi supprimer 11 milliards aux collectivités locales?", demande sur Twitter ce député de Paris, membre de l'aile gauche du PS.

Mercredi, lors d'une conférence de presse destinée à présenter les mesures de lutte contre le terrorisme, le très pragmatique Manuel Valls a tenté de balayer la polémique naissante. "Peu importent les mots. J'emploie les mêmes avec constance et cohérence depuis près d'une dizaine d'années", rappelle-t-il. Et de conclure: "L'essentiel, c'est d'agir dans les territoires qui se sont enfermés sur eux-mêmes". 

Ariane Kujawski