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"On regarde passer les balles": les députés LaREM condamnés à attendre la grève du 5 décembre

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- - LIONEL BONAVENTURE-AFP

Plongés dans une forme d'incertitude en raison du choix du gouvernement de ne pas détailler le contenu de sa réforme des retraites, la majorité adopte une position attentiste en vue de la grande mobilisation syndicale.

C'est l'histoire d'une majorité spectatrice d'un débat entre le gouvernement et les syndicats. Alors que se prépare la grève du 5 décembre, à laquelle s'agrégeront de nombreux corps intermédiaires, les députés La République en marche se voient contraints d'adopter une posture attentiste. Faute de visibilité sur le contenu de la future réforme des retraites, ils sont réduits à émettre des hypothèses sur la mobilisation à venir. 

"Je pense qu'elle va être assez suivie dans les transports. Mais on y verra essentiellement des militants syndicaux durs", prédit Bruno Questel, député de l'Eure, rapporteur du projet de loi "engagement et proximité" qui vise à améliorer la vie des élus locaux. "On aura environ 400.000 personnes dans la rue à l'échelle nationale, avec du bordel ici et là, mais la convergence des luttes, je n'y crois pas", se rassure-t-il.

Une réforme pas encore claire

Cet optimisme ne peut occulter le spleen qui s'est emparé des rangs de la majorité à l'Assemblée nationale. En plus d'avoir récemment accumulé les actes d'indépendance vis-à-vis du gouvernement (notamment durant les discussions autour du budget 2020), les députés LaREM ont le sentiment d'être tenus à l'écart du dossier des retraites.

"Une immense majorité du groupe n'a pas une vision claire sur la réforme. On n'a pas de texte, donc de fait, peu de députés sont capables de tenir une discussion sur le sujet avec des syndicalistes", constate le député du Vaucluse Jean-François Cesarini. 

D'autres se plaignent du peu de cas que fait le gouvernement de ses parlementaires. En réunion de groupe mardi, le Premier ministre Édouard Philippe a précisé quelques points de la réforme auprès de la majorité.

"Il n'y avait rien de surprenant. Il nous disait, 'réforme plus juste', 'on ira jusqu'au bout', 'plus de clause du grand-père', 'ne pas se laisser impressionner par les syndicats'... Ok, super. Mais ce n'était pas de la co-construction, c'était un meeting", peste l'un des députés qui s'y sont rendus. 

"Bras de fer entre syndicats et gouvernement"

Jean-François Cesarini y était également. "En deux heures, pas une seule fois le Premier ministre n'a parlé de la notion d'espérance de vie", regrette-t-il.

"Notre problème, c'est qu'on a des retraités qui vivent de plus en plus longtemps. L'espérance de vie va exploser dans les 50 années à venir, c'est une question fondamentale. On ne doit pas s'en tenir à des questions statistiques sur les 62 ou 64 d'âge légal de départ à la retraite", argue l'élu vauclusien, d'après qui il faudrait une réforme "dynamique" et non "statique".

Dans ce contexte brumeux, certains ont le sentiment de se battre contre des moulins à vent. "De toute façon, aucun mode de calcul du point retraite n'a été acté, donc les projections des syndicats sont risibles. Mais aucun d'entre eux ne vient dialoguer avec les députés. C'est un bras de fer entre syndicats et gouvernement. En attendant, nous, on regarde passer les balles", soupire un député. D'autres veulent faire montre de volontarisme. 

"Il faut faire de la politique, je me tue à le leur répéter. On est en démocratie, on n'a pas usurpé le pouvoir, la réforme était dans le programme de Macron... Faut y aller! Sur le terrain, les gens en ont marre des régimes dérogatoires. Si on faisait un référendum, les cheminots seraient bien surpris du résultat", estime un pilier du groupe LaREM. 

"Dernier round" pour les syndicats?

Plus prudent, le député des Hautes-Pyrénées Jean-Bernard Sempastous craint l'immixtion "d'autres franges", de type ultra-jaunes ou black blocs, dans les rangs des cortèges syndicaux. "Cela dit, le mot d'ordre est plus classique, on espère que ça va sécuriser un peu la mobilisation", évoque-t-il. Après une année marquée par l'imprévisible et instable mouvement des gilets jaunes, certains se rassurent en comptant sur le savoir-faire des vieilles centrales de la CGT et de FO.

"Ce ne sera pas le grand charivari. Il y aura une queue de comète pendant deux ou trois jours, mais pas davantage", pressent un éminent membre de la commission des Lois de l'Assemblée nationale.

"Les centrales syndicales sentent que c'est leur moment. Tout ce petit monde avait cranté la réforme de la SNCF, or aujourd'hui plus personne n'en parle. S'ils ne peuvent pas contraindre l'exécutif sur la réforme des retraites, ce sera la mort du monde syndical. C'est leur dernier round."
Jules Pecnard