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Mariage homo : la gauche sur le front pour éviter l'humiliation du Pacs

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Alors que débute à l'Assemblée nationale l'examen du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, la majorité socialiste, traumatisée par l'humiliation subit lors du vote sur le Pacs, est en ordre de bataille.

Jour J pour le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe. Après les manifestations des "pro" et "anti", les députés débutent mardi l'examen de ce texte qui promet discussions marathoniennes et affrontements à vif avant un vote solennel le 12 février.

L'opposition, qui tente par tous les moyens d'empêcher que le texte soit adopté, a fourbi ses armes : quelque 5.367 amendements, et trois motions de procédure, dont une exigeant un référendum. À gauche, on parie sur un essoufflement progressif de l'opposition. La plupart des amendements "anti" ont été déposés à titre individuel, nécessitant la présence de leurs auteurs. Présence qui devrait être remise en cause après un long week-end de séance. En commission, déjà, les orateurs de l'opposition n'avaient guère brillé par leur nombre. On avance d'ailleurs que les débats ne s'éterniseront pas les quinze jours prévus. "Ils n'ont pas les troupes nécessaires".

Pour garantir une majorité socialiste durant tout le temps du débat, même les week-end, et ainsi ne jamais risquer de se retrouver en minorité à l'Assemblée, une stratégie de présence a tout de même été mise en place, et consigne a tout de même été donnée aux députés PS d'annuler tout ce qu'ils avaient à faire ces prochains jours.

Quand la gauche avait "honte" du Pacs

L'objectif est clair : éviter le fiasco du vote sur le Pacs en 1998. Peu motivée, la majorité socialiste avait alors été mise en minorité dès le premier jour des débats par des députés d'opposition anormalement nombreux dans l'hémicycle, lesquels avaient voté l'exception d'irrecevabilité qui permet de rejeter sans discussion un texte jugé contraire à la Constitution.

À l'époque, on évoque un concours de circonstances lié à l'agenda exceptionnel des parlementaires : le texte est voté un vendredi et la plupart des députés de gauche sont rentrés dans leurs circonscriptions quand les élus RPR ont rendez-vous à Paris pour un départ groupé pour leurs journées parlementaires. Réunis plus tard à Menton, l'opposition se réjouit de cette débâcle historique de la majorité qui, selon elle, traduit une gêne voire une hostilité des députés socialiste.

"Les députés PS ont eu honte du Pacs", titre la presse, tandis que les associations, ulcérées, réclament la liste "des lâches et des traitres".

Premier ministre de l'époque, Lionel Jospin ne s'y trompe pas. Accusé de manque d'autorité, le socialiste s'indigne des défections de son camp, et souligne notamment l'absence remarquée de certains parlementaires : le député de Corrèze et premier secrétaire du PS, François Hollande, et le ministre en charge des relations avec le Parlement, Daniel Vaillant.

La gauche, humiliée, doit patienter un an avant de faire adopter le texte. Mais là encore, les élus PS ne déplacent pas en nombre. Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale Jean-Marc Ayrault essuie alors de lourdes critiques.

Tristan Berteloot