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On ne peut pas retenir Delanoë mais il faut retenir son exemple

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Vous revenez sur un événement politique de la semaine qui est un peu passé inaperçu : les adieux au conseil de Paris de B. Delanoë, qui a présidé lundi sa dernière séance.

Bertrand Delanoë mérite qu’on lui rende justice : on a souvent l’image d’un personnel politique avide de pouvoir avec des élus accroché à leurs mandats, incapables de passer la main. Le maire de Paris a été le contre-exemple parfait et c’est précisément ce qui le rend exemplaire. Il a été élu en 2001 en annonçant qu’il ne ferait pas plus de 2 mandats – et réélu en renouvelant cette promesse. Il l’a tenue. Il a aussi tenu son rang, tenu sa majorité (il a même soumis les Verts) et surtout, il a préparé sa succession – c’est assez rare pour être noté. Si Anne Hidalgo est aujourd’hui favorite, c’est en très grande partie à Bertrand Delanoë qu’elle le doit.

Ça veut dire que les socialistes vont forcément gagner cette élection ? Le bilan de Bertrand Delanoë n'est quand-même pas à l'abri de toutes les critiques !

Tout est discutable dans un bilan : par exemple, Bertrand Delanoë a construit des logements sociaux et tous les Parisiens n’aiment pas cela, mais une partie de la gauche lui reproche de ne pas en avoir fait assez. Il a réduit le train de vie de la municipalité, la droite l’accuse d’avoir réduit l’aura de la capitale. Ce qui est remarquable, c’est qu’il a réalisé ce qu’il avait annoncé, quitte à être critiqué, voire impopulaire : réduire la place de la voiture, les couloirs de bus, le velib – mais aussi éradiquer les pratiques de l’ère Chirac, marquées par les prébendes et l’affairisme. Son mandat n’a peut-être pas tenu toutes ses promesses, mais c’est un maire qui a tenu ses engagements.

Bertrand Delanoë aura 64 ans en mars. Il n'a pas dit grand-chose sur ce qu'il compte faire. A votre avis, il va se retirer de la politique ou il prépare un retour ?

C’est un homme qui a de la suite dans les idées ; ça n’empêche pas d’avoir des idées pour la suite. Il dit qu’il fera des voyages, qu’il est prêt à aider des jeunes entrepreneurs qui ont des projets – je ne sais pas s’il inclut François Hollande dans cette catégorie mais il va de soi que Bertrand Delanoë a encore des ambitions. Il ne faut pas oublier qu’en 2008, juste après sa réélection à Paris, il a essayé de prendre le PS, au congrès de Reims face à Martine Aubry et Ségolène Royal. Il a perdu. S’il avait gagné, il était présidentiable. Ça veut dire qu’il y a pensé. En revanche, il n’a jamais été ministre. On peut supposer que c’est à cela qu’il pense maintenant.

On parle parfois de lui pour Matignon. Vous pensez qu'il aurait le profil ?

Il a des atouts et des inconvénients. Son inexpérience gouvernementale joue en sa défaveur (mais c’était le cas de JM. Ayrault). D’un autre côté, il est l’une des rares figures du PS qui pèse à gauche, qui soit populaire et qui soit disponible dans les mois qui viennent. Sa relation avec François Hollande est très ancienne et il a des traits de caractère qui manquent cruellement au gouvernement : une grande indépendance d’esprit et beaucoup d’autorité, presque d’autoritarisme. Ça pourrait faire de lui un vrai chef. Mais compte tenu de la personnalité de François Hollande, ce sont plutôt des handicaps.

Hervé Gattegno