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Nouvel élément sur la piste financière dans l'affaire Karachi

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PARIS (Reuters) - Une note confidentielle du ministère des Affaires étrangères apporte de nouveaux éléments pour étayer la piste d'une affaire de...

PARIS (Reuters) - Une note confidentielle du ministère des Affaires étrangères apporte de nouveaux éléments pour étayer la piste d'une affaire de corruption en toile de fond de l'attentat antifrançais de Karachi en 2002.

Onze Français travaillant à la construction de sous-marins avaient été tués dans un attentat-suicide. Al Qaïda a d'abord été soupçonné mais la justice pense désormais que l'action pourrait être liée aux 84 millions d'euros de commissions dont le paiement était convenu en marge du contrat de sous-marins.

Une note adressée en 1997 au ministre socialiste des Affaires étrangères Hubert Védrine, transmise au juge d'instruction Marc Trévidic et publiée lundi par Le Monde et Mediapart, montre que les autorités s'inquiétaient des conséquences de l'ouverture d'une enquête pour corruption au Pakistan.

"Le gouvernement pakistanais aurait décidé de lancer une offensive politique 'mains propres' qui pourrait avoir des conséquences délicates pour nous. L'affaire de la vente de sous-marins Agosta qui ferait l'objet d'une enquête pourrait en effet impliquer d'anciens ministres de la défense (MM. Pierre Joxe et François Léotard) et M. Nicolas Bazire", lit-on dans ce document.

Nicolas Bazire était directeur de cabinet d'Edouard Balladur, Premier ministre en 1993-1995, quand le contrat des sous-marins appelé "Agosta" a été signé avec le Pakistan. Pierre Joxe a été ministre de la Défense entre 1991 et 1993, François Léotard entre 1993 et 1995.

"Il faut se préparer à évoquer l'affaire à un niveau élevé avec les Pakistanais pour obtenir de leur part une certaine retenue", ajoute la note.

On remarque une annotation manuscrite, figurant sous une flèche pointant la phrase où sont cités Pierre Joxe, François Léotard et Nicolas Bazire, où l'on peut lire : "Si cela progresse, il faudra les prévenir".

Sans que cela y figure explicitement, l'hypothèse de l'existence de "rétrocomissions", un retour frauduleux de l'argent des commissions des sous-marins en France, est donc sous-entendu dans cette note.

Cette hypothèse a été largement explorée dans l'enquête sur le crime, et il est déjà démontré que Jacques Chirac, une fois élu en 1995, a arrêté certains paiements sur ce fondement.

Cette décision pourrait être, selon certaines dépositions non confirmées par des preuves, être au moins en partie à l'origine de l'attentat de Karachi. Une information judiciaire séparée sur la corruption présumée est ouverte à Paris.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse