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Municipales: la classe politique prudente face à l'avis favorable du conseil scientifique sur le second tour

Dans l'opposition mais aussi au sein de la majorité présidentielle, on émet a minima des réserves quand au "feu orange" du Conseil scientifique au sujet de la tenue du second tour des municipales avant l'été.

C'est un avis en demi-teinte qu'a rendu le Conseil scientifique sur la tenue du second tour des municipales. L'instance ne s'oppose pas à ce qu'il se déroule au mois de juin, mais assortit sa décision de réserves liées à la situation épidémique. Il est "difficile d’anticiper une situation incertaine pour les semaines à venir", notent ainsi les scientifiques, qui ajoutent juger nécessaire de procéder à une nouvelle évaluation des conditions sanitaires 15 jours avant la date choisie, si d'aventure les élections avaient lieu au mois de juin.

Alors que la population avait été confinée deux jours après la tenue du premier tour du scrutin, la polémique sur le maintien de ce vote a laissé des traces. Si bien qu'à l'annonce de l'avis du Conseil scientifique rendu ce jour, plusieurs personnalités politiques de premier plan ont témoigné de leur frilosité, à commencer par le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, figure de la majorité présidentielle.

"Est-ce qu'il est raisonnable d'envisager fin juin des élections alors même que les campagnes elles ne peuvent pas se dérouler parce que on peut pas réunir plus de dix personnes? (...) La démocratie, c'est les campagnes qui permettent des débats, des confrontations qui permettent au fond d'expliquer ce que l'on veut faire, ou ne pas faire, dans une commune. Donc je m'interroge sur le fait de savoir s'il est raisonnable de faire ça si vite", a-t-il réagi sur France Info.

"Pas de vote sans garantie sanitaire"

Une fois n'est pas coutume, le titulaire du Perchoir semble sur une ligne sensiblement proche de celle de Jean-Luc Mélenchon, qui le souligne sur Twitter: "Richard Ferrand reprend mon argument: pas de vote sans campagne électorale. Donc pas de vote sans garantie sanitaire du début à la fin", réagit le leader de La France insoumise.

Même interprétation du côté de Jean-Christophe Lagarde: "Ah bon, on fait quoi? On interdit les réunions? Les tractages, etc? Stop déraison!", écrit le président de l'UDI et député de Seine-Saint-Denis sur Twitter.

"Eclairage à la lumière d'une allumette"

Sur le même canal, Marine Le Pen s'est offusquée de l'absence de préconisation sanitaire:

"Pas de distribution de masque à chaque électeur? Pas de FFP2 pour les assesseurs et présidents de bureaux? Ils sont pourtant essentiels, pour protéger, rassurer et éviter l'abstention", écrit la présidente du Rassemblement national (RN) dans un premier tweet. Dans un second, elle raille l'"éclairage à la lumière d'une allumette" des autorités publiques donné par le biais de cet avis.

A cette heure, ni le patron du parti Les Républicains (LR) Christian Jacob, qui s'était déclaré favorable à la tenue du scrutin en juin si les conditions sanitaires le permettaient, ni le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau ni son homologue à l'Assemblée nationale Damien Abad n'avaient réagi à l'avis du Conseil scientifique.

Le président du Sénat Gérard Larcher s'est borné à juger "sage", sur France Info, le fait que le gouvernement demande éventuellement un deuxième avis aux scientifiques avant la tenue du second tour.

Sur Twitter, l'ancienne députée socialiste Corinne Narassiguin a indiqué que "le bureau national du Parti socialiste définira ce soir (la) position sur la tenue du 2e tour des municipales 2020".

Recherche d'un consensus politique

Pour l'heure, le gouvernement ne tranchera pas sur la tenue ou non du second tour en juin. L'exécutif désire rassembler la classe politique pour trouver un consensus le plus large possible sur la date du vote. Mercredi, Edouard Philippe consultera les responsables des partis politiques en fin de journée à ces fins. Un débat et un vote au Parlement sont par ailleurs envisagés. 

Le sujet devrait également être évoqué ce mardi, alors qu'Emmanuel Macron s'entretiendra pas visio-conférence avec une vingtaine de maires, parmi lesquels la maire de Paris Anne Hidalgo, son homologue marseillais Jean-Claude Gaudin, l'édile de Lyon Gérard Collomb mais aussi le maire de Troyes François Baroin, également président de l'Association des maires de France.

Clarisse Martin