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Monsieur Hollande, sortez du flou !

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L’Élysée et le gouvernement ont démenti hier jeudi l'affirmation du Figaro sur les coupes sombres en préparation dans les crédits et les effectifs de la fonction publique. Un exemple supplémentaire des hésitations du nouveau pouvoir...

À observer jour après jour les fluctuations et les atermoiements du nouvel exécutif, on finirait par s'abîmer les yeux. Faites l'exercice : fixez longuement la ligne politique de François Hollande et vous verrez tout en flou. Nous avons un président qui n'éprouve pas le vertige du pouvoir, mais qui pratique l'esquive du pouvoir. Il ne décide pas grand-chose, et surtout rien d'essentiel - et il élude les sujets délicats. Tant que la période électorale n'était pas terminée, on supposait que c'était par tactique. Maintenant, on en vient à se dire que c'est une seconde nature. C'est de plus en plus agaçant.

Donc, sur la question des suppressions de postes de fonctionnaires, il n'a réellement rien décidé ?

Il faut être fort pour avoir compris quelque chose. Les objectifs de Bercy ont l'air cohérents : François Hollande compte créer 65 000 postes en 5 ans (éducation, justice, police et gendarmerie), mais il a promis le maintien de l'effectif global de la fonction publique. Il faut donc supprimer des postes dans les autres administrations. Les fonctionnaires et les usagers ont le droit de savoir où. Seulement, le ministre Michel Sapin se contente d'expliquer qu'il n'y aura ni augmentation ni diminution des effectifs (l'époque est aux ni-ni !) Le même numéro de bonneteau que François Hollande a expérimenté pendant la campagne présidentielle. On ne sait toujours pas sous quel gobelet se trouve la réponse...

Il y a d'autres sujets sur lesquels le gouvernement semble avoir reculé : par exemple, les fameuses "euro-obligations"...

C'était une des priorités de François Hollande pour mutualiser la dette des États. Les Allemands ont dit "nein". Jean-Marc Ayrault a dit hier (dans la presse allemande) que c'est devenu "une perspective". Idem pour la taxe sur les transactions financières : elle n'est pas évoquée dans le communiqué final du sommet du G20..., mais François Hollande se réjouit qu'elle puisse être mise en oeuvre en 2013. En attendant, il ne s'est pas passé grand-chose. Sur le smic, sur les rythmes scolaires, sur les loyers, même sur les retraites, on a vu un mouvement, mais rien qui impressionne - plutôt une impression de mouvement.

Les mauvaises nouvelles sont pour la rentrée ?

C'est une évidence. Le ministre Alain Vidalies a dit benoîtement que le gouvernement cherche 10 milliards pour boucler le budget. Il faudra donc trouver des recettes (des impôts) et faire des économies. Jean-Marc Ayrault sera obligé de sortir de l'ambiguïté à l'Assemblée, le 3 juillet, dans une déclaration de politique générale dont on espère qu'elle ne sera pas trop... générale. On a coutume de dire que les cent premiers jours d'un nouveau pouvoir permettent de mesurer son intention et sa capacité à réformer. Pour l'instant, les 100 jours de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault ressemblent à des jours sans.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce vendredi 22 juin, cliquez ici.

Hervé Gattegno