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Bayrou et Borloo sont-ils compatibles ?

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François Bayrou a tendu la main dimanche à Jean-Louis Borloo en lui proposant de travailler ensemble à l'unité de la famille centriste. Son appel sera-t-il entendu ? Un rapprochement entre les deux politiques est-il possible ?

"Alors, je dis à Jean-Louis Borloo : si c'est vraiment l'unité qui est le but à atteindre, faisons-la ensemble". Contre toute attente, le cavalier solitaire François Bayrou a tendu la main, dimanche, à Jean-Louis Borloo pour lui proposer de travailler ensemble à l’unité des centristes. " Mais la réunion du MoDem et du tout nouvel UDI (Union des Démocrates Indépendants) au sein d'un attelage commun est-il envisageable ? François Bayrou et Jean-Louis Borloo sont-ils compatibles ? Revue de détails.

• L’ancrage politique des deux hommes est-il compatible ?

En 2007, François Bayrou avait appelé à "ne pas voter pour Nicolas Sarkozy". En 2012, il votait "François Hollande à titre personnel". Tout l'opposé de Jean-Louis Borloo, champion des gouvernements Fillon I et Fillon II.

A priori donc, le marquage respectif des deux centristes paraît incompatible. Surtout, le MoDem apparaît comme de plus en plus éclaté. Pour preuve, le positionnement très à gauche d'un Robert Rochefort, membre du bureau exécutif national du MoDem qui déclarait, en août dernier, dans un entretien à La Croix : "Nous sommes disponibles pour élargir l’équipe gouvernementale".

Mais, aujourd'hui la donne a changé. "François Bayrou a désormais la volonté de se repositionner au centre droit, ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant. Déjà en soi, c’est un fait notable. Ensuite, nombre de ceux qui sont dans la structure de Jean-Louis Borloo souhaitent un rapprochement avec François Bayrou", analyse le politologue Stéphane Rozès, fondateur de l'agence CAP. Tout dépendra donc, de la réussite de ce recentrage au centre droit initié par le président du MoDem.
>> Taux de compatibilité : faible, mais en progression

• Sur le fond, les deux hommes ont-ils gardé suffisamment de points communs ?

Sur les grandes orientations politiques comme la ratification du pacte budgétaire européen, sur la nécessité de réduire le train de vie de l'Etat et de s'attaquer à la dette, sur le vote des étrangers (hors Union européenne) aux élections locales, les deux hommes tombent d'accord. Il n'y a guère que le mariage gay, qui les divisent et encore, mollement. François Bayrou, en catholique pratiquant, préfère le terme d'union à celui de mariage.

Pour Stéphane Rozés, le départ de Nicolas Sarkozy devrait encore plus faciliter le rapprochement entre MoDem et UDI, entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo : "A partir du moment où Nicolas Sarkozy et sa façon de faire ne sont plus là, car c’était ça le sujet de discorde, le rapprochement peut se faire. Il y a une homogénéité des positions des centristes sur les questions européennes, sur les questions économiques".

Le "ni droite, ni gauche" de François Bayrou pourrait donc s’accommoder fort bien d’un léger repositionnement qui ne dirait pas son nom.
>>Taux de compatibilité : élevé

• Leurs entourages sont-ils compatibles ? 

Avec l’UDI, Jean-Louis Borloo a réussi le tour de force de rassembler toute la famille centriste… à l’exception du MoDem de François Bayrou.

Parmi les membres de ce rassemblement : Hervé Morin, président du Nouveau Centre, frère-ennemi, depuis 2007, de François Bayrou.

La constitution d’une grande famille centriste unie n’est semble-t-il pas encore au programme. Mais, Hervé Morin et François Bayrou s’étaient néanmoins secrètement rencontrés en mai dernier comme le relatait L’Express. A l’époque, Hervé Morin avait déclaré ne pas vouloir d’un rassemblement de "carpes et de lapins". Sur ce point, tout reste donc à faire.
>> Taux de compatibilité : faible

• Les intérêts des deux hommes sont-ils compatibles ?

Qui des deux a le plus besoin de l’autre ? C’est aussi l’une des questions essentielles que soulève une alliance. "Conjoncturellement, François Bayrou a besoin d’un port d’attache et à terme, rien ne peut se faire au centre, sans, d’une façon ou d’une autre, prendre en compte François Bayrou", analyse Stéphane Rozès. Borloo devra donc faire avec Bayrou, quoi qu'il arrive.

De son côté, François Bayrou aura peut-être retenu la leçon. Son positionnement antisarkozyste l'avait à la fois coupé de son électorat de centre-droit, sans lui permettre de bénéficier du soutien formel des socialistes. Une alliance avec l'UDI semble pour le coup, bien plus conforme à ses intérêts.
>> Taux de compatibilité : très élevé