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Mariage pour tous: Sarkozy a-t-il fait une erreur tactique?

Nicolas Sarkozy lors du meeting de Sens Commun samedi 15 novembre à Paris

Nicolas Sarkozy lors du meeting de Sens Commun samedi 15 novembre à Paris - Dominique Faget - AFP

"Abrogation" de la loi Taubira: Nicolas Sarkozy a clarifié sa position sur le mariage pour tous, le week-end dernier au cours d'un meeting à Paris, devant un auditoire qui ne voulait pas entendre autre chose. Depuis, au sein de l'UMP dont il brigue la présidence, les critiques sont vives.

Samedi face à Sens Commun, une chapelle de 5.000 militants UMP issus de la Manif pour tous avec ses chants et ses drapeaux, Nicolas Sarkozy a-t-il commis une erreur politique en se prononçant en faveur de l'abrogation de la loi Taubira? Lundi, jusque dans le premier cercle des soutiens du candidat à la présidence de l'UMP, cette "clarification" divise; regrettable pour un homme qui a construit son retour politique sur le "grand rassemblement".

Cette prise de position de Nicolas Sarkozy contre le mariage pour tous, sans dissocier le mariage et l'adoption de la PMA et de la GPA, "apparaît en décalage avec la position des Français et des sympathisants UMP", explique à BFMTV.com Frédéric Dabi, de l'Ifop. L’institut de sondages a publié ce week-end un sondage qui révèle que désormais 68% des Français sont favorables au mariage pour tous, comme 59% des proches de l’UMP. 

Le mariage pour tous? Pas un "élément de choix" à l'UMP

Plus globalement, lorsque les Français sont interrogés sur leurs priorités, le mariage pour tous n'arrive qu'en queue de peloton. Et chez les sympathisants UMP, revenir sur la loi Taubira est une attente "marginale" qui ne constitue pas "un élément de choix", pointe pour sa part Yves-Cann de l'institut CSA. Au sein de l’UMP, on attend surtout des idées et un projet d’alternance à la politique menée par François Hollande.

"Ce n’est pas un sujet majeur des futurs électeurs mais c’est le sujet dont on parle le plus dans cette campagne", remarque pourtant Frédéric Dabi. Et sur la loi Taubira, "il a beaucoup louvoyé" avant de "se laisser emporter" face à Sens Commun, remarque-t-il. En clair, Nicolas Sarkozy risque de diviser l'UMP pour rien tandis que de son côté, Bruno Le Maire, l’outsider annoncé, pourra se targuer d’être "resté droit dans ses bottes", même sous la pression, en continuant de refuser sous les huées l'abrogation de la loi Taubira, juge Frédéric Dabi.

Sarkozy "fait l'événement"... contre lui

Après un retour politique "raté", "cette déclaration de Nicolas Sarkozy fait l’événement", note Yves-Marie Cann. Un coup de pub nécessaire? Depuis la fin de l'été on ne constate "aucune progression" de sa cote de popularité auprès des militants, explique le directeur adjoint de l’institut CSA. Pis, il se voit contesté dans les coeurs UMP par Alain Juppé.

En toile de fond, c’est bien la présidentielle de 2017 qui apparaît. Et plus que Sens Commun, c'est la prise de position du maire de Bordeaux en faveur du mariage et de l’adoption la semaine passée qui "a forcé Nicolas Sarkozy à s'adapter", analyse Yves-Marie Cann, qui ajoute qu'"abrogation, c'est le mot que voulait le plus entendre son auditoire". 

Il est aussi nécessaire de distinguer le noyau dur des militants UMP – qui voteront pour leur président fin novembre - de l’électorat plus large de la droite qui devrait lui être consulté lors de la primaire pour la présidentielle. Et Frédéric Dabi de conclure: "Plus 2017 va approcher et plus les candidats vont devoir jouer la carte de la différenciation." Quitte à "dire aux gens ce qu’ils veulent entendre" et "à attiser les divisions à droite". Une stratégie risquée.