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Malgré les conclusions des deux rapports, Mediapart maintient ses accusations contre François de Rugy

François de Rugy en septembre 2018 à Rosny-sous-Bois.

François de Rugy en septembre 2018 à Rosny-sous-Bois. - ERIC PIERMONT / AFP

Alors que les deux rapports d'enquête rendus ce mardi entendent "blanchir" François de Rugy, Mediapart maintient ses accusations contre l'ancien ministre de la Transition écologique. Le site d'investigation confirme que les dîners organisés à l'Assemblée étaient bien d'ordre privé, et que les travaux réalisés dans son logement de fonction étaient bien trop coûteux.

À peine François de Rugy a-t-il eu le temps de lancer la contre-offensive ce mardi, que Mediapart dévoile une nouvelle série de révélations sur les dîners de l'ancien ministre de la Transition écologique.

Dans un dossier intitulé "Mediapart persiste et signe" publié ce mardi soir, le site d'investigation met en lumière de nouveaux éléments qui tendent à confirmer le caractère amical des dîners organisés par François de Rugy lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale.

Le pure-player contredit les conclusions du rapport de Matignon et insiste sur les coûts élevés des travaux réalisés dans son logement de fonction. Des éléments qui tendent à démontrer que l'ancien ministre n'est pas "un homme blanchi", comme il a souhaité se présenter ce mardi soir au journal de France 2.

"Un cercle amical" ... ou "du relationnel"?

Tout d'abord, Mediapart révèle que les dîners fastueux pour lesquels il avait déjà été épinglé étaient bel et bien d'ordre privé, bien que les conclusions du rapport d'enquête publiées ce mardi indiquent que "François de Rugy n’a enfreint aucune irrégularité", si ce n'est pour trois dîners qui posent encore question.

D'autre part, contrairement à ce que François de Rugy avait assuré le 10 juillet dernier, son épouse Séverine de Rugy avait reconnu dans un entretien à Mediapart daté du 8 juillet, que ces réceptions regroupaient bien un "cercle amical". Des propos renouvelés auprès du Point ou de Paris Match, à qui elle confiait ces dernières semaines que les fameuses photos des dîners provenaient d’"amies" présentes ce soir-là, "des amitiés vieilles de plus de 15 ans". 

Bien qu'elle mette un point d'honneur à ne pas parler de "dîners privés", Séverine de Rugy évoque auprès de Mediapart du "relationnel", permettant "de mettre au courant et de s’intéresser à ce que font les gens", mais au terme desquels "il n’y a pas de comptes-rendus".

C'est "un cercle amical qui, à partir du moment où il se trouve à l’Assemblée nationale par exemple, n’est plus un cercle amical", avait-elle expliqué au site d'investigation. "C’est aussi du relationnel… enfin c’est purement du relationnel, etc., et des discussions avec les gens. On n’est pas là pour se taper la cloche. (…) Après que moi, effectivement, je connaisse des gens et qu’ensuite quand on les voit, bon bah, on les voit, mais c’est toujours dans un cadre… On parle toujours de politique, on aborde toujours des sujets".

Autre élément embarrassant pour le ministre démissionnaire: Patrice Romedienne, le journaliste de l'émission Télématin sur France 2 qui avait posté une photo de lui avec Séverine de Rugy à l'Hôtel de Lassay, le 13 juillet 2017, expliquait à Mediapart être passé ce jour-là "rendre visite à une copine", "pour régler un truc personnel" et boire "un café". Il assure cependant que le dîner était "à caractère professionnel".

"Ce n’est pas parce que c’est une amie que ce dîner était amical", explique Patrice Romedienne. "Ce n'était pas un dîner de vieux potes, on n'a pas dansé sur les tables, on a parlé de sujets sérieux et à 23 heures on avait déguerpi."

Des travaux au coût exorbitant

Le deuxième volet des révélations concerne les travaux dans l'appartement de fonction de François de Rugy lorsque celui-ci était président de l'Assemblée. L'enquête menée par les services de Matignon et publiée ce mardi indique que les "règles de la commande publique avaient été respectées", même si certaines prestations ont été jugées "trop coûteuses".

L’enquête déplore le coût de la peinture des moulures (16.261 euros) ainsi que le coût élevé du dressing, qui s’explique par des prestations haut de gamme. Elle précise également que "le devis n’a pas été ajusté en envisageant par exemple un degré de finition moindre", et que certaines demandes de Rugy ont été jugées déraisonnables par ses services, notamment sur l’achat de rideaux ou au sujet de la réalisation de meubles sur mesure. Le rapport explique ensuite que l’entreprise Deshaies, la moins chère au sujet des travaux de peinture, n’a pas été retenue.

Dans le détail, le rapport de Matignon explique que le principe de travaux était justifié, "aucune rénovation importante ou aucun rafraîchissement de l'appartement (n'ayant) été réalisé depuis 2009 et même depuis 2003, date de la dernière rénovation globale". Selon le rapport, les services du ministère "s’accordent sur le constat d’usure de l’appartement".

Mais d'après des photos que Mediapart s'est procuré, l’état du logement était loin de la "vétusté" décrite par l'ancien ministre. L’un des entrepreneurs consultés pour la peinture des lieux avait d'ailleurs confié au site qu'"un rafraîchissement" était sans doute nécessaire," avec "peut-être quelques petites retouches à droite à gauche, mais pas grand-chose".

Jeanne Bulant