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Macron pointe un "malaise français" et fustige "un défaitisme là depuis longtemps"

L'Express a publié ce mercredi sur son site internet la seconde partie de son entretien conduit auprès du chef de l'État. Celui-ci y dit son mot sur les critiques vis-à-vis de la France et y dresse le tableau d'un pays tenaillé par une crise intellectuelle profonde.

Le 17 décembre dernier, Emmanuel Macron a accordé à L'Express une interview par visioconférence. De cet entretien long d'une heure et trente minutes, l'hebdomadaire a tiré deux volets.

Le premier, publié sur internet mardi, explorait notamment la question du communautarisme et ce que l'exécutif a désigné sous le nom de "séparatismes". Le second, publié ce mercredi, a interrogé la perception de la France à l'étranger mais aussi la vision que les Français nourrissent d'eux-mêmes. Le chef de l'État a représenté une France minée par un "défaitisme", en plein "malaise".

"Quand l'étranger ne nous comprend pas..."

Alors que la presse anglo-saxonne n'a pas hésité ces dernières semaines à vitupérer contre le modèle culturel français et son rapport à la liberté d'expression ou à la laïcité, qu'une grande partie du monde musulman s'est emporté contre les caricatures de Mahomet paraissant en France, Emmanuel Macron dit d'abord sa volonté de faire front.

"Quand l'étranger ne nous comprend pas ou nous attaque, c'est un motif de combat ! Et quand je m'exprime sur la chaîne Al-Jazeera, quand j'écris au Financial Times pour défendre notre liberté d'expression, notre laïcité, c'est bien ce combat que j'assume, celui, séculaire, des Lumières".

Il met cette lutte en regard avec une controverse intérieure: "J'assume aussi ce combat chez nous. Car ne vous trompez pas: le camp de la défaite, des corporatistes, des égoïstes a toujours été très fort dans le pays." Il poursuit plus tard: "Un défaitisme est là depuis longtemps et sa responsabilité est énorme".

"Ceux qui ont de l'ambition pour le pays, qui veulent relever le gant, qui croient en la grandeur, n'ont jamais été la majorité. L'esprit de capitulation, les gens qui doutent sont légion", prolonge-t-il. Emmanuel Macron ajoute alors: "Je pourrais vous renvoyer à Marc Bloch. Il y a une immense trahison des clercs dans ce malaise français que j'évoquais."

"L'élite économique s'est mondialisée"

La double référence éclaire le sens de cette parole présidentielle. L'historien Marc Bloch, fusillé par les nazis en 1944, est resté dans les mémoires pour son essai publié à titre posthume, intitulé L'étrange défaite.

Dans cet ouvrage, l'universitaire explique la débâcle de 1940 par la faillite des élites et leur esprit de renoncement. "La trahison des clercs" évoquée par le président de la République reprend quant à elle le titre d'un essai de Julien Benda, paru en 1927, dans lequel celui-ci reprochait aux intellectuels de son temps de se détourner des valeurs esthétiques et de la recherche rationnelle au profit d'idéologies partisanes.

"Beaucoup d'intellectuels n'ont pas su penser un avenir français durant ces décennies de crises", accuse d'ailleurs le chef de l'État qui développe: "L'élite économique s'est mondialisée, ce qui aurait pu être une excellente chose si cela avait consisté à aller tirer le meilleur de l'étranger pour le ramener chez nous. Sauf qu'elle est partie! Elle s'est nomadisée, elle est devenue de nulle part."

"Mais le monde change, la génération qui est là n'est pas celle d'hier. Les patriotes sont de plus en plus nombreux", assure cependant Emmanuel Macron.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV