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Macron cherche à dissiper le malentendu avec la presse

Depuis le début du quinquennat, les relations entre Emmanuel Macron et des journalistes se sentant parfois mal considérés par le chef de l'Etat connaissent des coups de froid. Interpellé à ce propos, le président de la République a abordé ce sujet lors de ses vœux à la presse ce mercredi.

Il y avait eu entre autres ce pourtant traditionnel entretien de la Fête nationale snobé un 14 juillet, une pensée présidentielle que son entourage jugeait "trop complexe" pour se prêter à un jeu de questions-réponses avec les médias. Autant dire que les premiers vœux à la presse d'Emmanuel Macron, à l'issue de laquelle les journalistes n'ont pas pu poser de questions, étaient très attendus tant les relations qu'il entretient avec la sphère médiatique sont contrastées depuis le début de son mandat.

C'est d'ailleurs le souvenir amer de cette "pensée complexe" qui est venu aux lèvres d'Elizabeth Pineau, journaliste de Reuters et présidente de l'association de la presse présidentielle, dans les quelques mots qu'elle a prononcés en ouverture de cette cérémonie qui s'est tenue à l'Elysée ce mercredi.

Le président et la presse, une "exigence réciproque"

"Examiner, observer, décrire, dire, nommer les choses, c’est notre métier, notre rôle et c’est pour cela que nous avons besoin d’un accès à votre parole, à votre pensée, aussi complexe soit-elle", a-t-elle d'abord glissé. Souriant au "vaste programme" constitué par les relations entre "le président de la République et la presse, le pouvoir et le contre-pouvoir", elle a fait valoir que les journalistes avaient aussi pour vertu de faire remonter les pensées des Français et a cherché à sensibiliser le chef de l'Etat aux contraintes matérielles auxquelles sont soumis les reporters: "Vous voulez être le maître des horloges mais nos horloges à nous, ce sont des directs à assurer, des rotatives à faire tourner, des dépêches à écrire". 

Au moment de répondre, plus tard, à son interlocutrice lors de son propre discours, Emmanuel Macron a d'abord assuré qu'il n'avait jamais eu "des mots irrespectueux à l’égard de la presse". Il a ensuite concédé qu'il existait dans ce lien entre l'exécutif et les journalistes une "exigence réciproque", "celle d’avoir du côté des politiques et de l’ensemble des responsables politiques une action, la clarté et des réponses", avant de contrebalancer par un besoin "de vérité, d’équanimité, une culture de l’interrogation qui ne peut pas non plus être celle du soupçon". "Cette distance légitime est celle qui existe entre le pouvoir et le contre-pouvoir", a-t-il affirmé.

Les précédents Sarkozy et Hollande 

Emmanuel Macron a ensuite tracé un parallèle transparent avec les quinquennats qui ont précédé le sien, celui de Nicolas Sarkozy et surtout celui de François Hollande: "La proximité qu’on a pu voir n’était bonne ni pour le pouvoir politique ni pour le métier de journaliste. Ça a conduit parfois à donner plus de place à des propos d’antichambre qu’aux propos officiels". "Trop souvent, pouvoir et médias ont donné l’impression d’une complicité et parfois d’une brutalité qui était son revers dont la dignité démocratique fut la première victime", a-t-il jugé. 

Pour notre éditorialiste Laurent Neumann, c'est bien la pratique "hollandaise" de la familiarité avec les journalistes qui a fait de la proximité entre l'Elysée et les médias un repoussoir aux yeux d'Emmanuel Macron: "Avec François Hollande, il a vu les avantages et inconvénients d’une relation avec cette presse qu’Emmanuel Macron appelle ‘bavarde’. Emmanuel Macron a compris que ce n’était pas la bonne méthode."

Jannick Alimi, rédactrice en chef adjointe du service politique du Parisien, a retracé sur notre plateau l'origine de la défiance avant le discours: "Ce qui a provoqué la méfiance, c’est entre les deux tours, La Rotonde. La presse avait fait une analogie avec le Fouquet’s de Nicolas Sarkozy. Et ça a été un événement cataclysmique pour Emmanuel Macron qui a pris ses distances avec une presse qui ne le ‘comprenait pas’."

Pour Virginie Le Guay, chef-adjointe du service politique de Paris Match, une chose est sûre en tout cas après ces vœux présidentiels à la presse: "Il a dit que la presse resterait à distance, utilisant les mots ‘légitime' et ‘saine’ distance et c’est comme ça qu’on travaillerait bien." L'historien Jean Garrigues a illustré, dans nos studios, la situation par une citation du général De Gaulle: "Il reprend une posture du général de Gaulle qui disait ‘l’autorité ne va pas sans la distance’ et l’applique à ses relations avec la presse."

Les contradictions d'Emmanuel Macron 

Mais ladite posture ne convient pas à tout le monde et elle ne va pas sans poser quelques problèmes, observe Pierre Jacquemain, rédacteur en chef de Regards. "J’ai l’impression que le président de la République s’est offert une tribune où il donne des leçons de journalisme à la presse. Avec toutes les contradictions qu’on a pu entendre, car il est celui qui a voulu incarner une présidence non-bavarde, et il est le président qui parle en direct dans une émission télévisée dirigée par Cyril Hanouna", a-t-il commencé. 

Le mutisme imposé aux journalistes lors du rendez-vous de ce mercredi et un récent et très controversé entretien accordé par le chef de l'Etat le laissent également sceptique: 

"Il est le président qui, lors d’une conférence de presse, des vœux à la presse plutôt, avec des journalistes face à lui, ne donne pas l’opportunité aux journalistes de poser des questions. C’est un problème. Et par ailleurs, il parle de connivence, et accuse à demi-mots le président de la République précédent, mais lors d’une interview enregistré quelques jours en amont pour France 2 la connivence était de rigueur", a ainsi déploré Pierre Jacquemain. 

Robin Verner