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Nicolas Sarkozy s'affiche en VRP du nucléaire

Au terme d'une matinée de travail de Les Républicains consacrée à l'environnement, à l'énergie et à la mer, Nicolas Sarkozy, patron du parti d'opposition, a joué ce mardi midi la carte du tout nucléaire, tout en s'opposant à la fermeture de la centrale de Fessenheim.

"Il n'y a pas d'alternative crédible au nucléaire." Son interview dans le Journal du Dimanche le week-end dernier annonçait la couleur. Nicolas Sarkozy veut apparaître en défenseur de la filière nucléaire, après les annonces du gouvernement sur le sujet.

François Hollande a en effet confirmé la semaine dernière qu'il prendrait cette année un décret pour autoriser la fermeture de la centrale de Fessenheim, qui figurait parmi ses promesses de campagne. Au cours de la conférence environnementale, il a fixé l'objectif de revenir à l'horizon 2025 à 50% d'électricité d'origine nucléaire, contre 75% aujourd'hui.

"J'avoue que je ne comprends pas cet acharnement à scier la branche industrielle sur laquelle nous sommes assis", a déclaré Nicolas Sarkozy mardi, s'interrogeant sur "ce qu'on reproche à la filière nucléaire française".

Au sujet de Fessenheim, l'ex-chef de l'Etat a même lancé: "On a peur de quoi? D'un tsunami sur le Rhin?", dans une allusion à la catastrophe nucléaire de Fukushima, au Japon. 

"Je ne vois pas pourquoi on fermerait Fessenheim. Ou alors il faut fermer toutes les centrales du même type", estimait également son rival pour la primaire François Fillon sur BFMTV mardi matin. 

La liste des incidents qui se sont produits dans la plus ancienne centrale de France, depuis sa mise en service en 1977, est pourtant longue. Cela a poussé l’Allemagne à demander sa fermeture début mars et en fait la cible favorite des antinucléaires français et européens.

Le nucléaire pas un "enjeu politicien"

"Les Républicains demandent une chose: qu'on arrête de faire de la filière nucléaire un enjeu de la politique politicienne. Si le général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et moi-même, six présidents de la République, nous avons constamment fait en matière nucléaire les mêmes choses, c'est que le nucléaire appartient (...) à la France, c'est un de ses atouts majeurs", a assuré Nicolas Sarkozy.

L'ex-chef de l'Etat a moqué les motivations de François Hollande, qui agirait selon lui sous la pression de Nuit debout. "Moi je suis couché la nuit et debout le jour", a-t-il lancé une semaine après avoir évoqué au sujet de ce mouvement "des gens qui n'ont rien dans le cerveau".

Une "écologie de partenariat"

Déjà en campagne pour la primaire à droite pour la présidentielle, sans avoir pour autant déclaré officiellement sa candidature, le président du parti Les Républicains (LR) a exposé son projet en matière d’écologie, six ans après sa petite phrase "les questions d'environnement ça commence à bien faire".

Nicolas Sarkozy s'exprimait en clôture d'une matinée de travail de Les Républicains consacrée à l'environnement. "Nous voulons sortir de l'écologie punitive", a-t-il plaidé, usant de la même rhétorique que Ségolène Royal. Il lui préfère une "écologie de partenariat" avec les agriculteurs, les marins, chasseurs, qui ne sont "pas des adversaires mais des partenaires avec lesquels nous voulons travailler".

"Des changements climatiques, la terre en a connu quantités", a déclaré mardi Nicolas Sarkozy. "Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'en occuper, mais il y a un phénomène que nous n'avons jamais connu, c'est la pression démographique", a-t-il ajouté, demandant une "conférence mondiale annuelle" sur le sujet.

Nicolas Sarkozy a aussi plaidé pour "un marché européen du prix du carbone", une "taxe carbone aux frontières de l'Europe pour ne pas avoir de dumping environnemental". "Les quotas annuels" de pêche, "ça ne peut plus durer", a-t-il aussi assuré, "à moins qu'on dise 'fermons les ports, fermons les pêcheurs'".

"Une vision passéiste des enjeux énergétiques"

Les déclarations de Nicolas Sarkozy du week-end dernier avaient fait bondir. Rama Yade, son ex-secrétaire d'Etat et candidate déclarée à la présidentielle 2017, avait regretté dans un communiqué que "Nicolas Sarkozy s'enferme dans une vision passéiste des enjeux énergétiques".

Son rival pour la primaire, Bruno Le Maire, conteste lui aussi sa vision sur le nucléaire en jugeant que ce n’est pas "la seule" source d’énergie à promouvoir car "cela coûte de plus en plus cher".

C'est logiquement chez les écologistes que la sortie du président de LR suscite les critiques les plus vives: "Donc le parti des #OGM et du gaz de schiste devient aussi celui de l'aveuglement #nucléaire. En arrière toute", a tweeté la ministre Emmanuelle Cosse, ancienne patronne d'EELV, Barbara Pompili dénonçant "un monceau d'âneries".

Charlotte Mijeon, porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire, avait dénoncé sur BFMTV "une déclaration totalement absurde et idéologique".