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Gaylib : "Copé a décidé seul de la ligne de l'UMP sur le mariage homosexuel"

Catherine Michaud est présidente de Gaylib depuis juillet 2012

Catherine Michaud est présidente de Gaylib depuis juillet 2012 - -

L'association de défense des droits des homosexuels Gaylib a décidé de quitter l'UMP, selon sa présidente Catherine Michaud, qui juge ne plus disposer de "place audible" au sein du parti. Interview.

Dix ans après sa création, l'association de défense des droits des homosexuels Gaylib a décidé de quitter l'UMP, a annoncé à la veille d'une manifestation d'opposants au projet de loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels - pour laquelle l'UMP a appelé à participer - sa présidente Catherine Michaud. Elle explique les raisons de ce départ à BFMTV.com.

Des rumeurs évoquent un rapprochement entre Gaylib et l'UDI de Jean-Louis Borloo, les confirmez-vous ?

Il n'y aura pas d'annonce pour l'instant. Gaylib n'a pas rejoint l'UDI. Gaylib a, de toute façon, vocation à être associée à un mouvement politique, mais le moment n'est pas venu pour ce genre d'annonce.

D'autant que, exception faite pour certains, notamment Jean-Louis Borloo, Franck Riester et Chantal Jouanno, les défenseurs du projet de loi ouvrant le mariage aux homosexuels sont loin d'être majoritaires parmi les députés UDI...

On n'a jamais dit que Gaylib quittait l'UMP pour aller chercher un confort. Effectivement tous les parlementaires de l'UDI ne sont pas favorables au mariage homosexuel. Mais on ne demande pas à tous les parlementaires et à toute la population française d'y être favorable.

Ce que nous souhaitons, c'est que Gaylib évolue dans une sphère où elle est audible et où elle a une place politique pour travailler. Ce qui n'est plus le cas à l'UMP. On le voit bien.

Gaylib a eu des victoires à l'UMP, quelques succès. À une époque, elle a su le faire évoluer. Il y a eu un travail pédagogique qui a fonctionné. Mais on voit que la droite, depuis quatre ans, régresse. Elle est arc-boutée sur elle-même, elle est de plus en plus à droite.

On l'a vu pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy et la ligne très clivante choisie pour sa campagne présidentielle. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a perdu, au contraire de 2007, où il avait un discours de rassembleur.

Aujourd'hui l'humanisme républicain a changé de camp. Comme l'UMP flirt de plus en plus avec le Front national, la droite républicaine se recompose vers le centre.

Vous n'avez d'ailleurs pas soutenu le président sortant lors de la dernière campagne présidentielle... 

Effectivement. En 2012, Gaylib n'a pas fait campagne pour le candidat Sarkozy, ni pour les candidats UMP aux législatives. De mon côté, je n'ai pas pris part au combat des chefs entre Jean-François Copé et François Fillon pour la présidence du parti pour la raison qu'aucun des deux ne portait un discours et un projet qui pouvait faire avancer la situation des homosexuels en France. D'un côté on avait un François Fillon qui était prêt à revenir sur la loi en cas d'alternance politique, et de l'autre un Jean-François Copé qui appelait déjà à manifester, qui expliquait vouloir faire tout ce qui était en son pouvoir pour que le texte ne passe pas et déclarait qu'il ne célèbrerait pas de mariages homosexuels dans sa ville de Meaux.

Ajoutons à cela l'incapacité de l'UMP à condamner les propos de Serge Dassault et à exclure Christian Vanneste...

Aujourd'hui cela ne semble déranger personne que l'UMP aille manifester avec Civitas, avec le Front national, qu'il mette les moyens humains, techniques et financiers, en payant des bus remplis d'adhérents avec l'argent des militants, pour aller grossir les rangs d'une manifestation.

Il y a encore peu Gaylib justifiait son positionnement à l'UMP en assurant qu'il était plus efficace de faire bouger les lignes au coeur du parti plutôt qu'à l'extérieur...

À une époque peut-être ! S'il y a de la place pour le faire et s'il y a un retour qui montre que l'action porte ses fruits, pourquoi pas. Mais là, avec la situation actuelle, cela revient à jouer les Don Quichotte.

On le voit bien : le président auto-proclamé de l'UMP Jean-François Copé, personnalité politique la plus détestée des Français, se sert de ce sujet pour retrouver une légitimé. Il a décidé seul de la position du parti sur le sujet du mariage homosexuel. Ça frise le ridicule : il demande un grand débat à François Hollande alors qu'il ne l'a même pas organisé au sein de l'UMP.

Comment a été accueillie la décision de Gaylib à l'UMP ou parmi les associations de défense des homosexuels considérées comme plus à gauche, ou moins marquées politiquement, et qui, à une époque, refusaient même de marcher aux côtés de Gaylib à la marche des fiertés au motif qu'elle était marquée du sceau UMP ?

Il y a eu beaucoup de réactions, d'adhérents UMP, ou d'anciens adhérents de l'UMP, qui avaient quitté le parti parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec sa ligne. Mais il y a eu également beaucoup de réactions, à gauche comme à droite, ou d'anonymes. On ne reçoit que des bravos pour le courage politique dont nous avons fait preuve en dénonçant la dérive droitière de l'UMP.

Propos recueillis par Tristan Berteloot