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Copé, Sarkozy ou le filon du livre mea culpa

Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, le 8 décembre 2011.

Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, le 8 décembre 2011. - Gérard Julien - AFP

Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy publient chacun un livre dans les jours qui viennent. Selon les premières confidences de l’un et les indiscrétions entourant la parution de l’ouvrage de l’autre, tous deux font leur mea culpa... Pour tenter de mieux revenir sur le devant de scène.

L’un s’appellera Le sursaut français, l’autre La France pour la vie. Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy, dont on dit les relations désormais exécrables, s’apprêtent chacun à publier un livre, à seulement quelques jours d’intervalle. Deux ouvrages confession visant à les relancer avant la primaire de la droite, lors de laquelle ils risquent de s’affronter en novembre.

Forcé à la démission de la présidence de l’UMP en mai 2014 en plein scandale de fausses factures Bygmalion, Jean-François Copé est le premier à passer à l’offensive en librairie. Son livre programmatique, qui paraît ce mercredi chez Stock (350 pages, 20 euros), et un plan médias chargé signent le retour en politique du député-maire Les Républicains de Meaux, après 18 mois de silence médiatique.

Viendra ensuite la sortie du livre inventaire de Nicolas Sarkozy, le 25 janvier chez Plon. Ecrit dans la plus grande discrétion pendant les fêtes de Noël, selon Paris Match, il est annoncé par les rares personnes qui ont eu accès au manuscrit comme "très personnel". Et comme un élément central de l’opération reconquête du président des Républicains, en berne dans les sondages, en plus de ses deux déplacements hebdomadaires prévus en régions jusqu’en juin.

Exercice d’introspection

L’occasion d’un mea culpa pour les deux hommes. S’affirmant “changé” et libre, Jean-François Copé se livre à l’exercice de l’autocritique en évoquant la guerre pour la présidence de l’UMP qui l’a opposé à François Fillon fin 2014. "J'ai vraiment remporté cette élection" mais "j'ai mesuré combien mon obstination à vouloir avoir raison contre tous était absurde", écrit Jean-François Copé dans Le sursaut français.

Sur Le Divan de Marc-Olivier Fogiel, diffusé mardi 19 janvier sur France 3, il confesse par ailleurs avoir eu une "addiction médiatique".

"Il faut avoir un avis sur tout. (...) Moi j'étais très fort pour ça. J'étais capable d'avoir un avis sur tout, tout le temps. (...) Je répétais les mêmes formules, les mêmes phrases, les mêmes tics. Je me souviens il y avait même un hashtag 'profondément choqué' parce que j'étais tout le temps choqué", s'amuse-t-il, selon Challenges, qui a visionné l’entretien.

Nicolas Sarkozy en ferait de même dans La France pour la vie. "Il parle beaucoup de l'avenir mais il a fait l'exercice du mea culpa", confie un intime de l’ex-président, cité dans Paris Match. Un de ses proches a également expliqué à RTL que "c’est très très fort", et qu’"il ne s’épargne pas": "Tout ce qu’on a pu lui reprocher depuis 10 ans, il l’évoque. Le 'casse-toi pauvre con' par exemple".

Sur Facebook lundi, l’ancien chef de l’Etat a dit:

"J'ai voulu faire cet effort d’aller chercher, au fond de moi, ma vérité sur mes erreurs comme sur mes réussites. Si je me suis trompé, je l'admets. (...) Je connais la terrible crise de confiance que suscitent la politique et les politiques. Je ne veux en aucun cas m’exonérer de ma part de responsabilité personnelle dans cette situation”.

L’Objectif? "Rétablir la confiance", écrit-il, avant de concéder "Mission impossible? Peut-être."

Juppé et Fillon aussi

L’ancien et l’actuel patron de la droite, qui ne se sont pas encore déclarés candidats à la primaire, publient leurs livres peu après leurs probables rivaux, Alain Juppé (Pour un Etat fort, paru début janvier chez JC Lattès) et François Fillon (Faire, paru chez Albin Michel à l’automne), et avant Bruno Le Maire, qui devrait publier le sien en février.

Les deux anciens Premiers ministres se sont eux aussi adonnés à cet exercice d’introspection en août dernier, à peu près au même moment. Alain Juppé avait lancé, deux décennies après les grandes grèves de 1995 provoquées par sa réforme des régimes spéciaux de retraite:

"Oui j'ai changé. J'ai appris avec l'expérience que j'en ai trop fait à cette époque."

François Fillon, resté à Matignon du début à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, avait lui concédé:

"Le projet de 2007 n'était pas suffisamment ambitieux par rapport à la gravité de la situation, j'en assume la responsabilité."

Une rareté dans l’histoire de la Ve République

Pourtant, l’usage du mea culpa en politique est rare en France. Difficile en effet d’en trouver beaucoup d’exemples au cours de l’histoire de la Ve République, souligne l’historien Jean Garrigues.

S’agissant des partis politiques, la question du mea culpa "a secoué le PCF du milieu des années 1970 à la fin des années 1980”, rappelle l’historien. “En parlant en 1979 d’un ‘bilan globalement positif’, George Marchais avait refusé de reconnaître les excès du communisme. Le parti l’a payé assez cher. C’est l’un des éléments du déclin."

Si Nicolas Sarkozy en avait en quelque sorte déjà fait un en 2007 en affirmant avoir "changé", les autres présidents de la République s’en sont eux gardés. "Charles de Gaulle et Georges Pompidou n’en ont, à ma connaissance, pas fait. Valérie Giscard d’Estaing en a fait un dans ses mémoires, mais en demi-teinte et bien après son septennat. Il a dit avoir sous-estimé la rupture entre lui et les Français, et ne pas suffisamment avoir vu venir la trahison de Jacques Chirac", détaille-t-il. Quant à François Mitterrand, "il a toujours refusé de faire son mea culpa, par rapport à ses liens avec le régime de Vichy, son amitié avec René Bousquet et ses liens avec des hommes d’affaires douteux”.

Enfin, Lionel Jospin a donné un exemple majeur de repentir négatif. En 2002, l’ancien Premier ministre avait admis, pendant la campagne, sa "naïveté" en matière de lutte contre l’insécurité, puis fait à nouveau son mea culpa après la défaite de la gauche en se retirant de la vie politique.

"Ça pourrait paraître très injuste au vu de l’histoire, car Lionel Jospin a endossé la responsabilité. Mais les Français n’ont retenu que sa fuite", rappelle Jean Garrigues.

Mieux perçu aujourd’hui?

Mais la défiance croissante envers les politiques pourrait avoir changé la donne. "Le mea culpa est a priori banni de l’usage politique, car le politique doit toujours être sans faille. Les Français attendaient de leur président de la République d’être un peu hors norme. Mais est-ce que la société française n’a pas évolué? Peut-être qu’admettre que l’on s’est trompé est mieux perçu aujourd’hui?", interroge ainsi Jean Garrigues.

"La pratique est plus fréquente dans les pays protestants et les pays anglo-saxons, avec une plus grande culture de la culpabilité”, note de son côté Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’Institut français de presse, à l’Université Paris II. "Dans le climat de la France d’aujourd’hui, les hommes politiques ont plus à gagner en se montrant humbles et capables d’autocritique. Le mea culpa est un coup d’éponge qui peut aider à rebondir", analyse-t-il.

D’après le spécialiste, il existe deux types de mea culpa. "L’un est un sincère acte de contrition, destiné à soulager la conscience. Comme par exemple pour Lionel Jospin. Sinon, il s’agit de la mise en scène d’un repentir qui s’apparente à un acte de marketing", distingue-t-il. Pour que le mea culpa parvienne à absoudre l’homme politique de ses fautes, il faut donc “réussir à convaincre de la sincérité de son aveu". "C’est vraiment quelque chose de lié à la perception", explique-t-il. "C’est la combinaison de plusieurs facteurs. Le contexte. La gravité des faits que l’on se reproche. Et l’ethos personnel de l’homme politique, sa manière de se présenter au monde."

"Moins difficile pour Copé" que Sarkozy

Pour Messieurs Copé et Sarkozy, la tâche pourrait s’annoncer ardue, prévient Stéphane Rozès, président de la société de conseil CAP.

"C’est une condition nécessaire pour reconquérir le pouvoir, mais pas suffisante. La difficulté, c’est que tous deux ont une image déjà très constituée dans l’opinion. Il va falloir du temps pour qu’ils arrivent à montrer aux Français qu’ils ont changé", décrypte le politologue.

"Nicolas Sarkozy aurait dû le faire à sa sortie de sa traversée du désert. Il est déjà revenu dans l’arène. Il est dans l’arène. Et les Français n’ont pas vu le changement", juge l’expert. "C’est sans doute moins difficile pour Jean-François Copé, qui sort de sa traversée du désert. On va voir si dans la durée il peut montrer qu’il peut changer."

Violette Robinet