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Les contorsions du gouvernement pour justifier le couac de Matignon

A la surprise de tous, Matignon avait annoncé mardi après-midi renoncer à des mesures énoncées en novembre... avant de se rétracter trois heures plus tard.

Mardi, l'exécutif avait des allures de Vaudeville, avec pour héros principal le Premier ministre Edouard Philippe. En milieu d'après-midi, Matignon assurait qu'allaient être abandonnées plusieurs mesures d'accompagnement prises au début du mouvement des gilets jaunes, dont l'extension du chèque énergie et le doublement de la prime à la conversion.

Une décision inattendue... et finalement abandonnée quelques heures plus tard, en début de soirée. "On n'allait pas être compris, on a appris de nos erreurs, on a appelé Edouard Philippe, qui a dit 'stop, on arrête tout'", rapportait à BFMTV un proche du Premier ministre.

Reste que ce revirement soudain a laissé bon nombre de parlementaires perplexes. Sur l'antenne de Public Sénat, Marc-Philippe Daubresse, sénateur Les Républicains, a sévèrement taclé le gouvernement. "C’est de l’amateurisme, c’est panique à bord", a-t-il affirmé, rapidement rejoint par son collègue Roger Karoutchi, qui lui estime avoir "le sentiment que le gouvernement joue un remake du film Y a-t-il un pilote dans l’avion?". Les expressions n'ont pas manqué ce mercredi pour critiquer le gouvernement, la vice-présidente LR de l'Assemblée, Annie Genevard, le comparant à un "bateau ivre", après cette volte-face de Matignon. 

Griveaux envoyé en première ligne

Mercredi matin, à l'issue du Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a, inévitablement, été questionné à ce sujet. Devant la presse, ce dernier a bien tenté de justifier ce "couac."

"D'abord, une annulation et une annulation c'est moins plus moins et ça fait plus, et donc c'eut été une mauvaise décision. Et la bonne nouvelle c'est que nous ne la prenons pas. Il (Edouard Philippe, ndlr), n'est pas revenu sur ce sujet-là dans le cadre du Conseil des ministres, nous avons acté des décisions au mois de novembre, ces décisions sont prises, nous n'y reviendrons pas", a martelé le porte-parole du gouvernement. 

Projet de loi examiné dans la semaine 

En début d'après-midi, c'était au tour du Premier ministre en personne de venir se justifier devant l'Assemblée nationale. "Vous allez examiner, en commission, dès ce soir, un projet de loi portant sur des mesures d'urgence, qui a été présenté ce matin au Conseil des ministres et qui sera évoqué demain par cette Assemblée et vendredi par le Sénat", a-t-il finalement détaillé, ne laissant plus de place au doute. 

"Reconnaissez avec moi que préparer un texte dans un délai aussi rapide, pour un examen aussi intense, est un exercice délicat, mais que ce texte, qui prévoit des mesures puissantes, permettra la réinjection dans l'économie de plus de 10 milliards d'euros de pouvoir d'achat vers les actifs", a-t-il conclu, sous les critiques de certains députés. 

Dans ce "projet de loi resserré" de quatre articles, présenté ce mercredi en Conseil des ministres, devraient également figurer la prime exceptionnelle exonérée de charges et d'impôts, les heures supplémentaires défiscalisées, le baisse de la CSG et la prime d'activité revalorisée. Le souhait du gouvernement est que ces gestes d'apaisement puissent être applicables au plus tôt.
Hugo Septier