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Législatives: une configuration plus incertaine que prévue dans les deux fiefs FN de 2012 

Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen

Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen - BORIS HORVAT / AFP

Dans les deux circonscriptions qu'il avait emportées en 2012, le FN reste favori. Mais le retrait de Marion Maréchal-Le Pen dans le Vaucluse, et l'arrivée de la torera Marie Sara (LREM) face à Gilbert Collard dans le Gard compliquent la tâche.

La 3e circonscription du Vaucluse (Carpentras) et la 2e du Gard (Saint-Gilles), sont les deux seules qui ont été gagnées par le FN il y a 5 ans. Pour Emmanuel Négrier, directeur de recherche en sciences politiques au CNRS, elles sont "jumelles" et montrent "l'enracinement frontiste et sa notabilisation".

"En 2012, le candidat FN y avait dépassé le score de Marine Le Pen de la présidentielle" explique-t-il, un résultat notamment rendu possible par "l'absence de désistement républicain". 

Gilbert Collard, "un porte-voix efficace des idées frontistes"

"Le peuple décide, je ne vais pas jouer les météorologistes politiques", résume aujourd'hui Gilbert Collard, élu en 2012 avec 42,82% des voix dans une triangulaire, mais qui a échoué aux municipales de 2014 à prendre la ville de Saint-Gilles. Depuis cinq ans, pour ses électeurs, il est devenu "un porte-voix très efficace des idées frontistes au plan national", se félicite Martial, 67 ans, un habitant de Saint-Gilles, où ses détracteurs critiquent en revanche son "opportunisme" ou son "obsession pour les plateaux télés parisiens".

Âgé de 69 ans, propriétaire d'un mas à quelques kilomètres de Saint-Gilles, Gilbert Collard compte sur le bon score de Marine Le Pen, en tête du 1er tour de la présidentielle dans la circonscription de Petite Camargue gardoise avec 33,5%, largement devant Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Emmanuel Macron, pour conserver son siège.

Un climat de campagne "révoltant" dans le Gard

Tout en assurant que son "véritable adversaire" est la France insoumise, il multiplie les attaques contre Marie Sara, candidat LREM "torera du passé" qui, selon lui, "a peur de descendre dans l'arène" pour débattre avec les autres candidats. Au total, ils sont 12 à se présenter dans la circonscription. 

Affirmant avoir accepté d'entrer en politique à la demande d'Emmanuel Macron pour "combattre le FN et l'obscurantisme", Marie Sara, 52 ans, a dénoncé cette semaine un climat de campagne "révoltant", incluant "injures, sexisme, menaces".

Depuis son investiture, elle doit en outre faire face à l'opposition des mouvements anticorrida, qui ne décolèrent pas. "Quel choix judicieux qu'une tueuse de taureaux pour lutter contre l'obscurantisme!", ironise ainsi Claire Starozinski, présidente de l'Alliance anticorrida. 

Le retrait de Maréchal-Le Pen "déboussole"

À quelques dizaines de kilomètres au nord-est, dans la troisième circonscription du Vaucluse, territoire rural ancré à droite, c'est le retrait de la vie politique le 10 mai de Marion Maréchal-Le Pen qui a marqué les esprits. À 22 ans, en 2012, elle avait pris le siège occupé depuis 25 ans par l'UMP Jean-Marie Ferrand. 

"Je suis très déboussolée", avoue Mireille, sympathisante FN de 56 ans, habitant Carpentras. "Marion était une personnalité d'envergure nationale et représentait l'avenir".

Le suppléant de l'héritière de la dynastie Le Pen, l'avocat Hervé de Lépinau, qui l'a remplacée à la dernière minute, est conscient du "défi" à relever. Mais il sait toutefois qu'il peut s'appuyer sur le score de Marine Le Pen, arrivée en tête aux premier (35, 36%) et second tours (plus de 53%) de la présidentielle sur ce territoire, où 12 candidats se présentent. 

Le FN prospère dans le Vaucluse

Dans cette circonscription du Vaucluse, comme dans la 2e du Gard, le FN "prospère, qu'il soit incarné par une star ou un inconnu", selon Emmanuel Négrier: 

"S'il l'entame, le retrait de Marion Maréchal-Le Pen n'anéantit pas ce capital, qui croît régulièrement depuis les années 1980".

Élu conseiller municipal à Carpentras depuis 2014 et au conseil départemental l'année suivante, Hervé de Lépinau, âgé de 47 ans, père de 6 enfants, a assuré qu'il démissionnerait d'un de ses postes s'il était élu à l'Assemblée nationale.

Toujours dans le Vaucluse, dans la 4e circonscription, c'est une autre figure de l'extrême-droite qui tentera les 11 et 18 juin prochains de conserver son siège: le maire d'Orange Jacques Bompard, 74 ans, ex-FN et fondateur de la Ligue du Sud, se présente face à 14 autres candidats, dont une investie par le FN.

M.P, avec AFP