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Le succès du FN est une illusion d’optique

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno c'est tous les jours sur RMC à 8h25. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Hervé Gattegno revient sur les résultats du 1er tour des municipales et la forte poussée du FN. Un succès qui est une illusion d’optique.

Il ne s’agit pas de nier la progression du FN mais de la relativiser. Le parti de M. Le Pen a remporté hier des succès électoraux significatifs : il a gagné à Hénin-Beaumont, est en tête dans une quinzaine de villes, il Fn pourra figurer dans plus de 200 villes au second tour et une centaine de triangulaires alors qu'il en espérait le double. C’est un résultat impressionnant, mais qui ne fait pas de lui le vainqueur de l’élection – sauf médiatiquement parce que les commentaires se concentrent sur cette percée, avec le mélange habituel de fascination et de répulsion qui ne doit pas abuser. En réalité, le FN réussit son enracinement mais son triomphe est en trompe-l’œil.

C'est tout de même lui qui semble avoir en mains les clés du 2ème tour, à cause des nombreuses triangulaires. C'est tout de même un sujet de satisfaction pour Marine Le Pen ?

C’est exact. Plus précisément, on peut dire que le FN n’a pas gagné les municipales mais qu’il peut empêcher la droite de les gagner. Le 1er tour montre un net recul de la gauche, mais la droite ne peut espérer reconquérir toutes les villes qu’elle a en ligne de mire qu’avec les voix du FN. Or M. Le Pen a prévenu que ses candidats se maintiendraient partout où ils le peuvent et dans les autres villes, rien ne dit que les reports de voix seront suffisants pour que les listes de l’UMP l’emportent. Ça veut dire que l’influence du FN va surtout prendre la forme d’une capacité de nuisance. Le FN ne déferle pas sur la France, mais il peut défaire le succès de l’UMP…

L'un des objectifs fixés par Marine Le Pen était l'enracinement du FN par la conquête de nombreux sièges dans les conseils municipaux. L'objectif paraît atteint ?

Tel que l’a formulée M. Le Pen, sûrement. Mais il ne faut pas oublier que le FN espérait au départ présenter des listes dans un millier de villes, puis M. Le Pen a parlé de 700 communes et à la fin, c’est 596 listes qu’elle a présentées (soit 30% de l’électorat). Et encore, on a vu qu’il a fallu pour cela recruter des candidats bizarroïdes ou des candidats malgré eux. A l’arrivée, le FN est fort dans ses bastions mais ce n’est pas par choix qu’il est absent dans les autres villes – c’est qu’il n’a pas pu former des listes, ce qui n’est pas le signe d’un élan spectaculaire. Le FN fait des scores notables ; ce n’est pas encore un parti de notables.

M. Le Pen n'a pas exclu des accords locaux avec certains candidats de l'UMP, mais les dirigeants de la droite excluent toute forme d'entente avec le FN. Quelle ligne va l'emporter ?

La droite va (comme d’habitude) se diviser sur la position à tenir puisque l’UDI, alliée à l’UMP dans beaucoup de villes, va prôner le retrait là où le FN peut gagner – et le front républicain dans tous les cas. Et il y aura, même à l’UMP, à la fois des partisans d’une entente avec le FN et des adversaires radicaux prêts à soutenir la gauche contre le FN. La question sera posée aussi au PS : dans pas mal de villes, le maintien de ses listes peut favoriser le FN et il peut y avoir discordance entre la consigne nationale et les réactions locales. M. Le Pen annonce la fin de la bipolarisation de la vie politique ; pour ce qui est de la polarisation du débat politique sur le FN, elle ne fait que commencer.

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Hervé Gattegno