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"Le gratin se sépare des nouilles": quand Borloo étrille "le jeune monde" de Macron

L'auteur du plan banlieue, qui a été abandonné par Emmanuel Macron, ne s'est pas privé de critiquer mercredi en public une vision actuelle de la société qu'il juge "inefficace et dangereuse".

Jean-Louis Borloo prendrait-il sa revanche? Après avoir rendu son rapport sur les banlieues à Emmanuel Macron fin avril, l'ancien ministre de la Ville avait tenté de faire bonne figure en assurant que ses propositions avaient été reprises par le chef de l'Etat. En réalité, Jean-Louis Borloo semble amer.

"Le gratin se sépare des nouilles"

Au cours d'une réunion à la mairie de Valenciennes mercredi, il s'en est pris à la politique d'Emmanuel Macron. S'il n'a pas cité le nom du président, ses propos peu de doute quant à leur destinataire:

"Mon sentiment, c'est qu'on est en train de remplacer le vieux monde des solidarités par le jeune monde des abandons de ceux qui ont besoin de la solidarité", a averti Jean-Louis Borloo, avant de reformuler: "En d'autres termes, il faut faire attention à ce que notre pays ne se retrouve pas dans la situation désagréable où le gratin se sépare des nouilles".

Et l'ancien maire de Valenciennes enfonce le clou:

"C'est le problème d'une monarchie qui en fait n'a plus de moyens, et ce qui me dérange c'est que les quelques moyens qu'elle a, elle a décidé d'arbitrer pour permettre à ceux qui courent le plus vite de courir de plus en plus vite". Et de conclure: "Cette vision de la société, je la trouve inefficace et dangereuse".

La réponse cinglante de Castaner

Des critiques auxquelles Christophe Castaner, le délégué général de La République en marche, a répondu par l'ironie: "Je ne le savais pas critique gastronomique", a-t-il lancé sur LCI, en référence à la métaphore culinaire du "gratin de nouilles". Puis sa réponse s'est faite acerbe:

"Il est élu la première fois à Valenciennes en 1989 (...) Il a certainement de l'expérience pour commenter mais en même temps, ce qui m'interroge, c'est que ceux qui sont en responsabilité depuis 30 ans sont-ils les mieux placés pour nous expliquer ce qu'ils n'ont pas fait?"

De son côté, sur BFMTV, François Bayrou a rejeté l'accusation selon laquelle Emmanuel Macron "malmènerait" la France. Mais il rappelle également "le devoir, et l'exigence auxquelles le président et son équipe doivent répondre. L'exigence, c'est que derrière les réformes successives, il doit y avoir un projet de société. Il faut plus de justice sociale (...). La France avec son Histoire a le devoir de proposer une alternative à la société de la loi du plus fort."

"Quand même les mieux disposés le disent"

La porte-parole des Républicains Laurence Sailliet affirme de son côté que les commentaires de Jean-Louis Borloo correspondent à ce que son parti "dénonce depuis plusieurs mois", "c'est-à-dire la violence de la politique économique et fiscale d'Emmanuel Macron envers les plus fragiles et les classes moyennes". 

"Quand on est Président, on doit s'occuper de tous les français, il ne s'agit pas de saucissonner la population française en aidant les uns ou pas les autres", a-t-elle réagi au micro de BFMTV. 

"Quand même les mieux disposés le disent", a simplement réagi sur Twitter le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, reprenant les propos de Jean-Louis Borloo sur une "monarchie qui n'a plus de moyens". 

Le porte-parole du Rassemblement national (ex-Front national) Jordan Bardella a lui souligné que l'ancien ministre était sans doute "un petit peu amer" à cause du plan banlieue, mais n'est pas allé à l'encontre de ses propos. "Emmanuel Macron porte une vision de la société profondément injuste, je crois qu'il est le président de ceux qu'on appelle 'les gagnants de la mondialisation', (...) laissant sur le côté de la route toute une frange modeste, populaire", a-t-il déclaré sur notre antenne.

Borloo fait marche arrière

Dans la matinée, face aux différentes réactions provoquées par son analyse, Jean-Louis Borloo a esquissé un début de rétropédalage. Dans Le Figaro, il affirme que ses propos "ne s'adressaient pas au gouvernement ou au président". Selon lui, sa phrase a été sortie "d'une intervention d'une heure", pendant laquelle il avait "pris la précaution de dire (qu'il) ne parlai(t) pas de la situation française", et que "si on essa(yait) de faire le lien, c'(était) juste ridicule".

Pour autant, l'ancien ministre le répète: "J'ai quitté la vie politique, ce qui m'autorise à faire de temps en temps des alertes. On doit pouvoir dire les choses." "Je maintiens: attention à ce que les élites européennes ne se séparent pas peuples européens", a-t-il martelé. 
Ariane Kujawski et L.A.