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Le fils de l'ancien ministre Éric Besson lance un réseau social dédié à la politique

De gauche à droite, Guillaume Besson, Sébastien Chenu, Robin Reda, Philippe Latombe, Laura Slimani, Jean-Vincent Placé, le 13 février 2019.

De gauche à droite, Guillaume Besson, Sébastien Chenu, Robin Reda, Philippe Latombe, Laura Slimani, Jean-Vincent Placé, le 13 février 2019. - Mardi Bleu

Dans le XIe arrondissement de Paris, Guillaume Besson a lancé officiellement ce mercredi soir un réseau social dédié au débat d'idées. L'occasion de réunir des hommes et femmes politiques de tous bords, pour certains issus de "l'ancien monde".

Certains attelages politiques semblent incongrus. Jean-Vincent Placé, ex-ministre de François Hollande récemment condamné à du sursis pour outrages à agent, fait son apparition au Lab SuperPublic, dans le XIe arrondissement de Paris. D'humeur guillerette, en bonne forme, l'ancien sénateur écolo dit deux mots de son récent séjour au Maroc avant de retrouver un vieil ami.

"Je ne suis pas sûr d'être bronzé, mais je suis requinqué", ironise-t-il avant d'aller faire la bise à Éric Besson, ex-ministre de Nicolas Sarkozy et modérateur, en son temps, d'un "grand débat national" d'un type autrement plus clivant que celui à l'œuvre aujourd'hui.

Panel insolite

Mais celui qui prend la lumière, ce mercredi 13 février, n'est pas le maire de Donzère. Il s'agit d'une soirée organisée par son fils de 25 ans, Guillaume Besson, pour le lancement de Cogito, réseau social consacré au débat politique. Un outil numérique en gestation depuis un an et demi, mais dont le timing, en plein grand débat national, est idoine. 

Pour l'occasion, le diplômé de Sciences Po a pu réunir un panel assez varié (voire insolite) de personnalités politiques, rue La Vacquerie. En plus du susmentionné Jean-Vincent Placé, il y a là la porte-parole de Génération.s Laura Slimani, le député Les Républicains Robin Reda, les socialistes Patrick Bloche et Sandrine Mazetier. Damien Lempereur, porte-parole de Debout la France, et le député Rassemblement national Sébastien Chenu sont également de la partie. Seuls les insoumis manquent à l'appel.

Placé disserte sur le "culte du Président"

"C'est Guillaume qui m'a contacté de lui-même, j'ai trouvé son initiative intéressante! Et puis j'ai trouvé courageux d'inviter un élu RN. Mais chez les Besson, on connaît la transgression", s'amuse Sébastien Chenu auprès de BFMTV.com.

Une boutade que le proche de Marine Le Pen réitère dix minutes plus tard, lors d'une table ronde consacrée au débat public. Jean-Vincent Placé dit qu'il s'agit de sa "première expression publique" depuis la fin du quinquennat de François Hollande. L'assistance applaudit, l'intéressé savoure.

L'écologiste donne son ressenti de la crise que traverse la France depuis des années. Il se dit "frappé" du "culte du Président qui dure toujours un an" avant que le désamour violent ne prenne le dessus.

L'ex-sénateur de Paris critique également le référendum, "plein de perversités" selon lui.

Préférer le rationnel à l'émotionnel

Micro en main, nerveux mais confiant, Guillaume Besson énumère les objectifs de sa plateforme, dont une version plus rudimentaire avait vu le jour à l'automne 2018. Il constate combien le débat politique requiert une forme de rationalité qu'évacuent, de fait, les réseaux sociaux, "où l'émotionnel" se fait triomphant. 

Cogito est pensé, d'après son principal géniteur, comme un lieu de "débat structuré, nuancé, apaisé", notamment pour les 18-25 ans. On y trouve de tout: loi "anti-casseurs", antispécisme, référendum d'initiative citoyenne, 80 km/h, Frexit, interdiction du voile, etc. 

"Aborder les sujets brûlants"

Ce cahier des charges comporte sa part d'irrationnel, dans la mesure où un tel site peut difficilement rivaliser avec le mastodonte qu'est Facebook. Mais ne parlez pas de monétisation à l'intéressé: "La vocation première de Cogito est démocratique. Il faut pouvoir aborder les sujets brûlants de manière dépassionnée", martèle Guillaume Besson, sous l'œil à la fois discret et bienveillant de son père. Est-il fier? "Oui c'est amusant, c'est bien", chuchote-t-il.

Désormais loin de l'arène politique, qui l'a vu endosser la responsabilité du "débat sur l'identité nationale" organisé en 2009, et à grand coût, Éric Besson ne compte pas se représenter à Donzère en 2020. Ne pas faire le mandat de trop. Et, surtout, lorgner la reprise du club de football de Valenciennes.

"Il se pourrait que c'en soit un autre, mais c'est en discussion", glisse un proche.

Qu'importe. Aujourd'hui, c'est au fils d'organiser, à sa manière, son propre "grand débat". Après son intervention, Jean-Vincent Placé annonce qu'il est attendu quelque part et doit quitter les lieux. Mais il n'oublie pas, avant, de refaire une bise à son ami Éric. Ironie de l'histoire: les deux hommes s'étaient affrontés sur notre antenne lors de la campagne présidentielle de 2012. 

Jules Pecnard