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LA VÉRIF - La France est-elle de gauche ou de droite?

Le week-end dernier, lors de la clôture du congrès de la France Insoumise, son leader Jean-Luc Mélenchon a fustigé les sondages, clamant que "non la France n'est pas à droite". /// Une réponse Si plusieurs indicateurs peuvent donner une idée claire des orientations politiques des Français.

C'est une question récurrente, qui ressurgit à l'approche de chaque scrutin présidentiel. D'après Jean-Luc Mélenchon, la réponse est claire: "non, le pays n'est pas à droite", avait-il clamé le week-end dernier depuis Reims, en clôture du congrès de son parti, appelant ses militants à ne pas se laisser "bourrer le crâne et se faire "voler l'élection présidentielle". Pour le leader de la France insoumise, les sondages témoignant d'une "droitisation" de la France "commencent à ressembler aux rêves de la caste qui domine ce pays".

Selon ces mêmes sondages, les six candidats déclarés à gauche (dont Anne Hidalgo pour le PS et Arnaud Montebourg) cumulent entre 29 et 35% des intentions de votes. Ces enquêtes, réalisées en général sur des échantillons représentatifs du pays, peuvent donner une indication des orientations politiques des Français.

Les sondages, photographies du pays à un instant T

Comme l'explique Mathieu Gallard, directeur d'étude chez Ipsos, les enquêtes sont réalisées "en ligne". "On a recruté plusieurs centaines de milliers de personnes qui acceptaient régulièrement de répondre à des sondages. On fait en sorte qu'on ait une France en miniature", détaille-t-il sur notre antenne ce samedi. Si cet "échantillon représentatif permet d'avoir un aperçu fiable de la situation actuelle, elle ne préfigure pas ce qu'il va se passer dans 6 mois", prévient-il.

Pour avoir une idée des bords politiques des personnes interrogées, les instituts de sondage leur demande notamment pour quel candidat ils pourraient voter, ou encore "de quel parti ils se sentent proches". Autre méthode: celle de l'auto-évaluation, où les sondés doivent se placer sur une échelle gauche-droite, selon leur sensibilité politique.

La gauche en dernière position dans les enquêtes d'opinion

En dehors des périodes électorales, un autre outil permet de se faire une idée: les enquêtes d'opinion. Et, d'après ces dernières, la France penche plus à droite. "On demande régulièrement, dans des enquêtes, aux Français de se classer à droite, à gauche, au centre ou nulle part. Vous avez une majorité de Français qui acceptent de se classer sur le clivage gauche-droite en intégrant le centre. La gauche est la dernière des trois familles: ils choisissent d'abord la droite, ensuite le centre et seulement à peu près un Français sur quatre ou cinq, selon les enquêtes, se positionnent à gauche", analyse sur BFMTV Pascal Perrineau, politologue et professeur à Sciences Po Paris.

Selon lui, "la gauche n'a jamais été aussi basse en termes d'auto-classement. Je ne sais pas si la France se droitise, mais elle est sensiblement plus à droite et au centre qu'à gauche".

En se basant uniquement sur les sondages et enquêtes d'opinion, qui reposent sur la base du déclaratif, c'est-à-dire de la parole des personnes interrogées, la France semble donc tendre à droite. Toutefois, il y a un dernier indicateur, qui photographie précisément les orientations politiques des Français: les scrutins.

"Il y a eu, tout à fait récemment, des élections locales dans les départements, les communes, les régions. La droite est sortie grande victorieuse de ces élections, même s'il y avait un taux d'abstention important", rappelle le politologue. Ainsi, dans le détail, "les deux-tiers des départements sont gouvernés par la droite, la majorité des régions aussi, associées aux forces du centre, et environ 60% des communes de plus de 20.000 habitants sont dirigées par la droite". Ce qui indique, d'après lui, que "quand on demande aux Français dans les urnes de voter, ils votent plutôt à droite qu'à gauche".

Près d'un électeur sur trois 'sans préférence partisane'

De là à affirmer qu'une "droitisation" de la France est en cours? D'après une étude de la Fondation Jean-Jaurès, publiée ce mardi, un autre phénomène, qui émerge depuis plusieurs années, est à prendre en compte. Il s'agit de la part croissance des personnes interrogées qui se déclarent ne se rattacher à aucune formation politique.

"Stable de 2013 à 2017, à 10%, cette proportion des 'sans préférence partisane' a progressé de 20 points entre le début du quinquennat (d'Emmanuel Macron) et l’été 2019 (30%), qui fait suite aux élections européennes", détaille la Fondation. "Depuis lors, cette masse de sans préférence partisane, qui rassemble près d’un tiers des Français, n'a pas diminué".
Amélie Rosique avec Fanny Rocher