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La rumeur est folle, il faut la prendre au sérieux

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

Hervé Gattegno revient sur cette rumeur selon laquelle on voudrait enseigner dans les écoles la "théorie du genre", qui abolit les différences entre les hommes et les femmes.

Même si elle relève du fantasme, il ne faut pas se borner à écarter cette rumeur et de renvoyer ceux qui l’ont crue à l’obscurantisme.

Qu’autant de gens puissent penser qu’un plan secret vise à persuader nos enfants à l’école qu’un garçon et une fille, c’est pareil (et leur apprendre la masturbation en maternelle), ce n’est pas seulement délirant; c’est inquiétant. A la source de la rumeur, il y a des réseaux d’extrême-droite que la loi sur le mariage gay a fanatisés. Ils diffusent une propagande homophobe et antisémite. Ces obsédés de la théorie du genre n’ont eux-mêmes pas très bon genre… On peut les mépriser, il ne faut pas les ignorer.

La question qu'on peut se poser, c'est effectivement : comment une telle propagande arrive à convaincre autant de gens ? C'est la faute des réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux sont des propagateurs d’imbécilités et de délires – mais aussi de connaissances ; tout dépend l’usage qu’on en fait. Ce qui est frappant, c’est le discrédit croissant des paroles officielles : celle des politiques, des médias, mais aussi de l’Etat, des intellectuels, et donc de l’école.

Derrière la question sur l’impact de cette rumeur, il y a celle du discrédit de l’enseignement – dont profitent les intégristes de toutes tendances (dans cette affaire, catholiques et musulmans). Pour restaurer la confiance dans l’école, il est sûrement utile d’insister sur l’enseignement des valeurs (on le fait beaucoup) mais aussi sur la valeur de l’enseignement (on ne le fait pas assez).

Vincent Peillon a démenti vivement la rumeur et demandé aux chefs d'établissement de convoquer les parents qui ont répondu à l'appel au boycott. Il a fait ce qu'il fallait ?

Il a bien fait de durcir le ton envers ceux qui relaient ces fariboles. Et aussi de rappeler aux parents que l’école est obligatoire – et que, surtout dans les quartiers difficiles, elle est la meilleure chance pour leurs enfants d’échapper à l’ignorance, au chômage et à la délinquance.

Il a raison aussi de vouloir inculquer aux enfants le sens de l’égalité – entre les citoyens et entre les sexes. L’école peut aider à combattre des stéréotypes (l’homme à la guerre et la femme au foyer) qui sont devenus anachroniques. Corriger les clichés sexistes, ce n’est pas effacer les différences sexuelles.

Mais est-ce que l'école doit vraiment s'occuper de ces questions ? Est-ce que ce n'est pas aux familles d'enseigner ces principes aux enfants ?

L'école ne peut pas dispenser un savoir hors du temps, ne serait-ce que parce que les connaissances évoluent dans tous les domaines. Que les élèves soient sensibilisés à la question du racisme, de la tolérance, de l’égalité des sexes, c’est utile.

Simplement, il faut veiller à préserver l’école des idéologies dissimulées – en l’occurrence, aussi bien religieuse et communautariste que féministe. On peut toujours discuter du sexe des anges. Mais si nous voulons que nos enfants apprennent, apprenons à les laisser apprendre.

Hervé Gattegno