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"Qu'est-ce qu'elle a besoin de la ramener": Aurore Bergé fâche ses collègues LaREM sur le voile en sortie scolaire

La députée LaREM Aurore Bergé à l'Elysée, le 25 novembre 2017

La députée LaREM Aurore Bergé à l'Elysée, le 25 novembre 2017 - Ludovic MARIN / AFP

Plusieurs députés de la majorité s'agacent singulièrement du fait que l'ex-LR, porte-parole du groupe LaREM à l'Assemblée nationale, affirme publiquement qu'elle voterait une proposition de loi émanant de son ancien parti et visant à interdire le port du voile par des mères accompagnant leurs enfants lors de sorties scolaires.

À l'origine, le hashtag avait germé autour d'un sujet très éloigné. Ou presque. C'était en septembre 2014, lorsque de jeunes musulmans britanniques avaient pour objectif de créer une distance entre eux et le discours des jihadistes de Daesh. Mardi, le mot-clé "#NotInMyName" (pas en mon nom, ndlr) a été recyclé par nuls autres que des députés La République en marche, pour cibler... l'une des leurs. 

Tout s'est produit assez vite, à l'issue d'une émission diffusée sur La Chaîne parlementaire. Invitée sur le plateau, la députée des Yvelines Aurore Bergé a affirmé qu'elle voterait, si une proposition de loi émanant du groupe Les Républicains venait à l'inclure, une disposition proscrivant le port du voile par des mères qui accompagnent leurs enfants durant une sortie scolaire.

"Moi je serai cohérente avec des convictions que j'ai toujours eues. Si demain il y a une proposition de loi sur le sujet, je ne vais pas me dédire parce qu'elle viendrait des LR. Je vais assumer la position qui a toujours été la mienne," a-t-elle déclaré.

Et l'ancienne membre du parti de droite de développer ses convictions: "Je ne serai jamais du côté de ceux qui disent que porter un voile est une liberté supplémentaire qu'on accorde aux femmes." Depuis dimanche, Aurore Bergé se dit en phase avec le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, critiqué par plusieurs membres de la majorité pour ses récents propos sur le voile islamique.

"On est dans le n'importe quoi"

Sur Twitter, plusieurs députés LaREM ont signifié leur désaccord, soit en reprenant le fameux hashtag "#NotInMyName", soit en relayant des tweets désapprobateurs. Parmi ces élus, citons Coralie Dubost (Hérault), Eric Bothorel (Côtes-d'Armor), Jean-Michel Mis (Loire), Laurence Vanceunebrock-Mialon (Allier) ou Fiona Lazaar (Val-d'Oise). 

Selon Eric Bothorel, la décision de procéder ainsi aurait été prise dès mardi soir dans un café, où étaient également présents Coralie Dubost et Aurélien Taché. Les trois se voient régulièrement. "Et puis c'est là où on a vu passer la décla d'Aurore", raconte l'élu des Côtes-d'Armor à BFMTV.com. 

"Je n'en fais pas une affaire personnelle, mais elle est porte-parole, on a l'impression qu'elle joue de l'ambiguïté qui va avec le poste", estime-t-il. Et de constater qu'Aurélien Taché, qui a comparé dans Le Point les propos de Jean-Michel Blanquer à ceux d'un conseiller régional Rassemblement national, a été "esseulé" depuis. "Personne ne l'a soutenu", ajoute Eric Bothorel.

D'autres députés LaREM, pourtant moins tolérants vis-à-vis des positions - souvent qualifiées d'anglo-saxonnes - d'Aurélien Taché sur le voile et le communautarisme, ne cachent pas leur profonde irritation. 

"Qu'est-ce qu'elle a besoin de la ramener là-dessus, franchement... En plus elle ne se borne même pas à dire 'je soutiens la démarche', etc, non! Elle dit qu'elle voterait pour! Je suis adepte de la polyphonie du groupe, mais là on est dans le n'importe quoi", peste un pilier du groupe.

"On donne des bonbons à LR"

Le fait que quelques heures avant l'émission, le Premier ministre soit intervenu dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale pour tenter de clore le débat, n'arrange pas le cas d'Aurore Bergé. Ni, d'ailleurs, l'entretien qu'elle a accordé à L'Express et dans laquelle elle prend fait et cause pour Jean-Michel Blanquer tout en fustigeant nommément son collègue Aurélien Taché. Un jeu de ping-pong interne peu au goût des élus LaREM.

"Si Agnès Thill avait fait la même chose sur la PMA, Aurore aurait été la première à demander son exclusion", estime un autre membre de la majorité. "Elle joue un bras de fer avec Taché alors qu'elle l'a déjà perdu. Et puis il ne faut pas être naïf, en faisant ça on donne des bonbons à LR et à l'extrême droite. On met sur la table une proposition de loi d'Eric Ciotti, on marche sur la tête." 

La droite n'est pas la seule à être aidée par la tournure que prend le débat, d'après cette source: "en disant des trucs comme ça, Aurore éveille les gens de l'aile gauche qu'elle prétend combattre. Taché ça faisait six mois qu'il avait un peu disparu, ça le ragaillardit. Aurore lui a remis un casque avec l'interview dans L'Express et lui a donné un gilet pare-balles avec le plateau sur LCP."

Si des clivages sont déjà apparus à plusieurs reprises au sein de la majorité, pléthorique et en mal de colonne vertébrale sur certains sujets, c'est la première fois que des membres se ciblent aussi frontalement. Reste à savoir si des dirigeants du mouvement présidentiel vont monter au créneau pour siffler la fin de la récréation, qu'il s'agisse de Stanislas Guerini ou de son adjoint, Pierre Person.

"Ils sont où? Ils ne font rien, oualou... À la limite il va falloir que le président de la République corrige lui-même le truc", se désole un député. 
Jules Pecnard