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La réforme des retraites, condition pour Emmanuel Macron d'une candidature à sa réélection?

Le président Emmanuel Macron

Le président Emmanuel Macron - AFP - Daniel Leal-Olivas

Le Figaro prête au chef de l'État une petite phrase qui n'est pas sans rappeler François Hollande et la diminution du chômage, à laquelle il avait conditionné sa candidature à la présidentielle de 2017.

Quelques mots en chute d'un article du Figaro qui auraient pu passer inaperçus. Selon le quotidien, citant des propos rapportés par un ministre, le président aurait prononcé une petite phrase explosive à l'égard de la réforme des retraites, dans laquelle son Premier ministre est en première ligne:

"Je ne peux pas être candidat en 2022 si je n'ai pas fait la mère de toutes les réformes."

Officiellement, il n'y a pas une once de fébrilité à l'Élysée quant au projet de réforme des pensions de retraites. Jeudi, au premier jour de la mobilisation, la présidence de la République communiquait sur l'état d'esprit du chef de l'État, le décrivant "calme et déterminé, attentif au respect de l'ordre public et aux désagréments." 

"Ça veut dire qu'il faut faire cette réforme des retraites, ça me semble juste cohérent avec nos engagements de campagne", tempère auprès de BFMTV.com le député La République en marche Jean-Baptiste Moreau, peu enclin à en faire l'exégèse.

Calcul politique ou détermination?

"Il laisse le Premier ministre manœuvrer aussi pour des raisons politiques. La crise des gilets jaunes lui a montré que c'était la personne du président de la République qui cristallise la colère. En étant en retrait, il se préserve pour 2022", confiait un proche du chef de l'État à BFMTV jeudi.

Selon nos informations toujours, Emmanuel Macron tiendrait toutefois davantage à mettre en œuvre sa réforme qu'à se porter candidat à sa réélection.

Le précédent Hollande

Conditionner sa candidature à l'achèvement d'un objectif, voilà qui évoque un sentiment de déjà-vu. François Hollande avait pris un pari comparable en vue de la présidentielle de 2017, conditionnant à plusieurs reprises sa réélection à la baisse de la "courbe" du chômage. Avec le résultat que l'on connaît, puisque le prédécesseur d'Emmanuel Macron n'avait finalement pas brigué de second mandat à l'Élysée, laissant le champ libre à son ancien ministre de l'Économie.

Sur le parallèle entre Macron et Hollande, Jean-Baptiste Moreau est sceptique. "La baisse du chômage, c'est toujours aléatoire de la fixer, ça ne se décrète pas. Alors que la réforme, ça dépend de notre propre volonté", estime le député.

Reprenant cette distinction, un autre membre en vue du groupe LaREM insiste sur le fait que "Macron n'a jamais indexé sa réélection sur l'amélioration du ressenti des gens en fin de mandat". Et d'ajouter que le "trait de caractère" de la macronie, "ce n'est pas la reculade". Autrement dit, que la réforme "doit être votée avant 2022" si la majorité veut espérer être reconduite. L'objectif a le mérite de la simplicité. L'élu poursuit, optimiste: 

"Dans l'éducation nationale, on est passé d'un taux de grévistes de 50% jeudi à 10% ce vendredi (selon le décompte du gouvernement, ndlr). C'est bon signe. On va dire aux syndicats que c'est bien, ils ont réussi à mobiliser, qu'on les a entendus, etc... Mais au final, ils vont vite comprendre qu'il est injustifiable de préserver un système aussi inégalitaire. Là où nous, on a été mauvais, c'est de ne pas bien faire comprendre que les retraités actuels ne seraient pas touchés par la réforme. Il aurait fallu l'ambiancer depuis un an, ça."

Désormais, le levier est entre les mains d'Emmanuel Macron. Interrogé sur une putative candidature en 2022 lors d'une conférence de presse en avril dernier, le chef de l'État avait répondu qu'il "serait indécent" d'aborder ce sujet à ce moment. Et de cingler: "Je me fiche de la prochaine élection. Je veux réussir, furieusement, passionnément, ce mandat." 

Clarisse Martin et Jules Pecnard avec le service politique de BFMTV