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La non-inversion (de la courbe du chômage) est un non-événement

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

François Hollande a perdu son pari d’inverser la courbe du chômage en un an, avec la publication des chiffres du mois de décembre, qui montrent une nouvelle hausse.

L’économie n’est pas une science exacte mais c’est une science et tous les experts disaient depuis des mois que le pari était intenable avec une croissance aussi faible. De fait, c’est en septembre 2012 que François Hollande s’était donné un an, donc en réalité, le pari est perdu depuis 4 mois. Ce qui est étonnant, c’est que le stratagème de François Hollande ait fonctionné aussi bien et aussi longtemps. La France est le seul pays où l’on juge la politique économique, mois par mois, au gré des statistiques du chômage – alors qu’il y a bien d’autres indicateurs pertinents. L’inversion ne s’est pas produite, mais cette forme de diversion continue, elle, de fonctionner.

En même temps, on ne peut pas reprocher à F. Hollande de ne pas assumer : il a reconnu que les résultats du gouvernement étaient insuffisants. C'est une façon d'admettre qu'il a échoué

Il est moins net que cela. Il a joué sur les chiffres, il joue sur les mots. Il dit : "Stabiliser ne suffit pas, il faut la diminution". Il a raison ; sauf que la stabilisation dont il parle n’existe pas. En réalité, le chômage n’a pas cessé d’augmenter depuis le printemps 2011 (ce qui montre que la politique de François Hollande n’est ni plus ni moins efficace que celle de Nicolas Sarkozy) ; on vient même d’atteindre un nouveau record : 3,3 millions de sans activité en métropole – si on ajoute les salariés à temps partiel, en formation ou en stage et qu’on inclut l’outremer, on dépasse les 5 millions. François Hollande ne l’avoue qu’à demi-mot mais ce n’est pas un demi-échec.

Il a quand-même raison de dire que le chômage des jeunes diminue. Est-ce que c'est la preuve qu'une partie de sa politique a commencé à fonctionner ?

C’est un résultat qui était acquis d’avance (et tant mieux): le chômage recule chez les jeunes grâce aux emplois aidés – l’Etat en a le pouvoir puisqu’il s’agit surtout de contrats dans le secteur public. A côté de cela, le chômage des seniors n’a jamais été aussi élevé, les contrats de génération (qui devaient être une martingale) patinent et le chômage de longue durée s’aggrave. Du coup, ce que F. Hollande a inversé, c’est sa politique : maintenant, il mise tout sur le pacte de responsabilité – la baisse des charges des entreprises pour créer des emplois. Mais ce n’est jamais qu’un autre pari – tout aussi hasardeux : il revient pour François Hollande à se mettre entre les mains du patronat.

Jean-François Copé a réagi lundi à cette nouvelle dégradation du chômage en réclamant la démission du ministre du Travail, Michel Sapin. Vous pensez qu'il a raison ?

Il joue son rôle d’opposant en mettant en cause la responsabilité de ceux qui font une politique qui échoue. Cela dit, chacun sait que c’est François Hollande l’inspirateur de cette politique et qu’il a lui-même demandé à être jugé sur le chômage. Et puis face au chômage, tous les gouvernements ont failli depuis 1974 et même les discours les plus volontaristes ont débouché sur des défaites – si on avait dû limoger tous les ministres qui n’ont pas fait baisser le chômage, il y aurait des chômeurs en plus… Sur ce plan-là aussi, François Hollande a fait comme ses prédécesseurs. Il n’a pas perdu seulement un pari : il a perdu du temps et de la crédibilité.

Hervé Gattegno