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La droite parisienne ne mérite pas NKM !

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Nathalie Kosciusko-Morizet a officiellement lancé lundi sa campagne pour les municipales à Paris. Elle subit beaucoup d’attaques dans son camp et doit faire face à plusieurs dissidences. Lui fait-on un sort injuste?

NKM savait que sa bataille serait difficile et que les coups viendraient d’abord de son camp. A priori, elle est la meilleure candidate pour l’UMP à Paris : bourgeoise et moderne, de droite mais modérée, sarkoziste avec une fibre écologiste. Elle n’a pas que des qualités (elle est un peu hautaine et peu diplomate) mais il faut croire qu’elle en a trop pour que les barons de la droite parisienne veuillent la voir gagner. Eux sont réacs, mesquins, souvent misogynes - le contraste n’est pas en leur faveur. La seule chose qu’ils ont su garder intacte, c’est leur capacité de nuisance. Ils s’en servent.

Disons le clairement : vous pensez qu'une partie de l'UMP sabote la campagne municipale de NKM ?

Il y a au moins une conjuration d’égoïsmes et de conservatismes. Le courant majoritaire de l’UMP, la Droite forte, avait appelé à la faire battre à la primaire. Maintenant, les dissidences poussent comme des champignons et Jean-François Copé ne fait rien pour l’empêcher. Le fait est que NKM n’a pas remué ciel et terre pour imposer des candidats qui incarnent le clientélisme ou ont été condamnés pour des malversations - on ne va pas le lui reprocher ! Que l’industriel Charles Beigbeder monte sa propre liste parce qu’il n’a pas obtenu la place qu’il espérait, ça prouve que les représentants de la "société civile" ne sont pas toujours aussi désintéressés qu’ils le disent.

Bertrand Delanoë, le maire sortant, reproche à NKM de préparer une forme de "restauration" dans la capitale, en renouant avec les années Chirac. Est-ce un mauvais procès?

Les barons de la droite parisienne, eux, ne doivent pas partager ce point de vue - sans quoi ils l’aideraient davantage. Il y a quelques semaines, Bernadette Chirac elle-même est venue en personne sermonner NKM en public en disant tout le bien qu’elle pense des Tiberi. On pouvait difficilement imaginer une démonstration plus édifiante pour montrer à quel point NKM dérange certains ordres établis - et pas forcément les plus vertueux. Il reste que, du temps de Chirac, Paris n’était pas la cité de la transparence mais c’était la vitrine d’une droite en ordre de bataille. Aujourd’hui, la vitrine est brisée et c’est la capitale d’une droite désunie et immorale.

Il n'empêche que les sondages ne donnent à la candidate socialiste, Anne Hidalgo, qu'un avantage de quelques points. NKM dit même qu'elle sent une dynamique en sa faveur. Est-ce de la méthode Coué ?

Avec ce climat explosif, on sent moins la dynamique que la dynamite… C’est vrai que les sondages sont plutôt flatteurs pour NKM, mais l’élection se joue dans quelques arrondissements et la sociologie parisienne joue en faveur de la gauche - ainsi que le bilan de Delanoë, plutôt positif. Il faut relever aussi que c’est NKM qui est au centre de la campagne, elle concentre l’attention (et les attaques). C’est bon pour sa visibilité, son aura, mais ça permet au PS de faire une campagne paisible, sans le moindre coup - et ça prive les Parisiens d’un débat qui pourrait être légitime et passionnant. Pour l’instant, il leur arrive de se croiser mais Anne Hidalgo descend un chemin de roses, et NKM remonte un chemin de croix.

Hervé Gattegno