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L'opposition critique durement le rapport sur l'intégration

Jean-François Copé estime que le rapport sur l'intégration va "déconstruire" la République.

Jean-François Copé estime que le rapport sur l'intégration va "déconstruire" la République. - -

Le rapport sur l'intégration remis à Jean-Marc Ayrault en novembre dernier crée la polémique. L'opposition l'estime dangereux pour la République et le soupçonne de vouloir favoriser le communautarisme.

La polémique aura mis du temps à se déclencher. Un rapport proposant la refondation de la politique d'intégration française, remis en novembre dernier à Jean-Marc Ayrault, s'est attiré vendredi les foudres de nombreux responsables politiques de l'opposition. Ce document, qui propose notamment la fin de l'interdiction du voile à l'école, doit servir de "base au travail" engagé par le gouvernement "pour définir les grands axes de la nouvelle politique" de la France en la matière.

Copé réagit, Ayrault le qualifie de menteur

Vendredi, le président de l'UMP, Jean François Copé, a interpellé "solennellement" François Hollande et lui a demandé de ne pas mettre en œuvre les dispositions préconisées par le fameux rapport. "Notre République serait en danger si vous cédiez à cette tentation en mettant en œuvre, ne serait-ce qu'à minima, un rapport dont l'intention est de déconstruire (...) cette République", a-t-il déclaré au siège de l'UMP. Il a par ailleurs assuré que ce rapport, qui "préconise d'ériger le communautarisme en nouveau modèle pour la France", est "en rupture totale avec notre vision de l'assimilation républicaine".

"Je vois bien, derrière ce rapport, qu'il y a une fois de plus la triste stratégie électoraliste que la gauche a adoptée depuis François Mitterrand. Agiter des chiffons rouges pour faire monter le FN et affaiblir l'UMP, la droite républicaine et le centre à l'approche d'élections qui s'annoncent difficiles pour la gauche", a déploré le député-maire de Meaux. Des propos immédiatement critiqués par Jean-Marc Ayrault, qui n'a pas hésité à qualifier le responsable politique de "menteur": "Faire le procès au gouvernement, que nous voudrions abandonner le modèle républicain d'intégration, est une injure." Pas question selon lui d'autoriser les signes religieux à l'école. "Ce n'est pas parce que je reçois des rapports que c'est forcément la position du gouvernement", a poursuivi le Premier ministre.

"L'intégration vire au naufrage"

François Fillon a lui aussi réagi. L'ancien Premier ministre a mis en garde Jean-Marc Ayrault sur "les dangers" des mesures préconisées. "[L'application de ce rapport] diviserait un peu plus les Français et alimenteraient tous les extrémismes", a-t-il écrit dans un communiqué. Selon lui, "aujourd'hui, l'intégration vire au naufrage. Il faut accueillir moins pour intégrer mieux". Le député UMP de Paris estime que les dispositions laissent craindre une " déconstruction de la France unie et citoyenne". Pour François Fillon, la fin de l'interdiction du voile aurait pour conséquence d'"abattre" l'Ecole républicaine".

De son côté, Marine Le Pen a dénoncé une "dangereuse provocation". "[La mise en œuvre de ces conclusions] signifierait l'abandon définitif du modèle républicain, la mise en place d'une société ultra-communautarisée et divisée", écrit la dirigeante d'extrême droite dans un communiqué. Elle va plus loin et affirme que l'application du rapport constituerait "une véritable déclaration de guerre aux Français qui eux réclament l'arrêt de la politique d'immigration massive".

Une réunion interministérielle en janvier

Le président de Debout la République, Nicolas Dupont-Aignan, s'est lui aussi montré très critique à l'égard du texte, qu'il qualifie de "danger public". Le député de l'Essonne a demandé la tenue d'un référendum sur ce rapport susceptible selon lui de "casser la République définitivement". Sur LCI, la députée européenne Corinne Lepage a parlé quant à elle d'"une véritable provocation dans l'état actuel de la société française".

Thierry Mandon, le porte-parole des députés PS, a tenté de désamorcer la polémique: "Le gouvernement a raison de se préoccuper de l'amélioration des politiques d'intégration. Mais ce rapport n'est qu'une des contributions à cette réflexion. (...) Certaines pistes proposées sont des impasses, comme remettre le voile à l'école, d'autres sont hasardeuses". Le Premier ministre avait pourtant salué "la grande qualité de ces travaux" en recevant le rapport en novembre dernier. Une réunion interministérielle doit se tenir début janvier à Matignon pour bâtir la future feuille de route du gouvernement en matière d'intégration des immigrés, a indiqué jeudi un conseiller de Jean-Marc Ayrault.

M. K. avec AFP