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"L'identité heureuse" de Juppé? "Une solidarité malheureuse" pour Hollande

François Hollande tente de reconquérir l'électorat de gauche qui l'a porté au pouvoir.

François Hollande tente de reconquérir l'électorat de gauche qui l'a porté au pouvoir. - AFP

Dans une interview à L'Obs, le chef de l'Etat revient sur son action à la tête de l'Etat. Il défend sa "politique de gauche" et admet des regrets, notamment à propos de la déchéance de nationalité. François Hollande décoche également quelques flèches en direction d'Alain Juppé.

François Hollande est-il de gauche? Pour l'intéressé, cela ne fait pas de doute. Et c'est pour convaincre une partie de son électorat qui pourrait en douter que le chef de l'Etat a accordé une interview à L'Obs, dont les extraits sont parus sur le site de l'hebdomadaire. Objectif: reconquérir les déçus de la gauche et les convaincre du bien-fondé de son action. Pour cela, François Hollande use une fois de plus de sa figure stylistique favorite, l'anaphore:

"Je suis de gauche. J'ai mené une politique de gauche. Une politique de gauche, c'est avoir fait de l'Education nationale la première priorité en créant 60 000 postes (…) Une politique de gauche, c'est avoir réduit les inégalités fiscales. Une politique de gauche, ce sont des avancées sociales (…)"

Retour sur la déchéance de nationalité

Quant à la loi El Khomri, François Hollande refuse d'admettre qu'elle ne puisse pas être de gauche.

"La loi El Khomri est une loi sociale (…) Elle a aussi une dimension économique. Elle clarifie les règles du licenciement. Elle simplifie la procédure prud'homale. C'était nécessaire, il y avait trop d'incertitudes pour les employeurs et d'injustice pour les salariés".

Aucun regret, donc? Pas si sûr. François Hollande admet un raté: la déchéance de nationalité. "Je mesure le trouble que cette initiative a pu créer", dit-il, rappelant s'être lui-même "opposé" à une telle mesure lorsque Nicolas Sarkozy avait voulu étendre les cas de la déchéance, en 2010.

 "La déchéance de nationalité n'a aucune valeur dissuasive. Elle s'inscrit dans un ensemble pour unir le pays (…) Mais dès lors que la révision constitutionnelle divisait alors qu'elle devait rassembler, j'ai préféré y renoncer (…) Je regrette que la gauche l'ait regardée comme une mesure qui pouvait diviser. Je regrette que l'opposition en ait fait un sujet de surenchère politique".

"La droite est dans la réaction et la régression"

Si François Hollande se justifie ainsi sur sa politique de gauche, c'est aussi pour ne pas se faire oublier, en pleine campagne pour la primaire de droite. L'occasion de s'en prendre à l'opposition, à moins d'un an de la présidentielle: "la droite met en cause notre modèle social. La droite est dans la revanche, la réaction et la régression. C'est le programme commun de tous ces candidats", lance le Président.

L'un d'eux est particulièrement visé: il s'agit d'Alain Juppé, potentiel meilleur ennemi de François Hollande. Son concept d'identité heureuse ne convainc pas le chef de l'Etat, qui y voit plutôt "une solidarité malheureuse". Après avoir particulièrement visé Nicolas Sarkozy dans ses attaques au début de l'automne, François Hollande a décidé de viser désormais celui qui domine les sondages de la primaire à droite. Et cela ne fait que commencer.

Ariane Kujawski