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L'Assemblée nationale se saisit à son tour du dossier Mediator

Jacques Servier (au centre), président du laboratoire éponyme, à son arrivée à l'Assemblée nationale. Le scandale du Mediator est arrivé mercredi devant les députés avec l'audition du fondateur du laboratoire, déjà mis en cause par une enquête administrat

Jacques Servier (au centre), président du laboratoire éponyme, à son arrivée à l'Assemblée nationale. Le scandale du Mediator est arrivé mercredi devant les députés avec l'audition du fondateur du laboratoire, déjà mis en cause par une enquête administrat - -

PARIS (Reuters) - Le scandale du Mediator est arrivé mercredi devant l'Assemblée nationale avec l'audition de Jacques Servier, le fondateur des...

PARIS (Reuters) - Le scandale du Mediator est arrivé mercredi devant l'Assemblée nationale avec l'audition de Jacques Servier, le fondateur des laboratoires déjà mis en cause par une enquête administrative et visé par des poursuites judiciaires.

Plusieurs de ses collaborateurs ont été également convoqués en fin de journée par la mission d'information parlementaire sur ce médicament soupçonné d'avoir provoqué la mort jusqu'à 2.000 personnes en France avant son retrait du marché en 2009.

Cette audition devaient se dérouler à huis clos à la demande du laboratoire, qui a fait savoir que ses communicants s'exprimeraient après la réunion.

"Nos interrogations portent surtout sur la façon dont ils ont esquivé la réalité de leur molécule", a déclaré à Reuters le président de la mission, le socialiste Gérard Bapt.

Selon le rapport remis à la mi-janvier par l'Inspection des Affaires sociales (Igas), Servier a commercialisé son médicament pendant plus de trente ans en France comme un antidiabétique alors qu'il était prescrit comme un coupe-faim dont il connaissait la dangerosité.

On estime que cinq millions de personnes ont pris du Mediator en France entre 1976 et 2009. Selon deux études, il aurait fait entre 500 et 2.000 morts.

La défense de Jacques Servier a peu varié depuis les révélations sur ce fiasco de santé publique cet automne.

L'homme d'affaires a minimisé le nombre de morts parmi les patients ayant pris du Mediator, se disant victime d'un "complot" dont il n'a précisé ni les contours, ni les instigateurs.

"SERVIER DOIT CHANGER D'ATTITUDE"

Deux informations judiciaires contre X ont été ouvertes à Paris pour "tromperie aggravée" et "blessures et homicides involontaires".

Une autre procédure avait été lancée auparavant devant le tribunal de Nanterre, où devrait s'ouvrir un procès pour "tromperie" en septembre prochain si la cour ne se dessaisit pas au profit du tribunal de Paris.

Jacques Servier a été entendu comme témoin début février et des perquisitions ont été menées au siège du groupe pharmaceutique, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

Avant l'audition à l'Assemblée nationale, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a haussé le ton mercredi contre Servier.

"Je l'avais dit le premier jour (...) : il faut une totale collaboration du groupe Servier. Cette totale collaboration, pour moi, elle se fait attendre. À tous les niveaux",", a-t-il déclaré sur i>Télé et Radio Classique.

Des défenseurs de victimes du Mediator ont réclamé lundi l'intervention du gouvernement contre Servier, qu'ils accusent de retarder les procédures judiciaires et les indemnisations.

Le laboratoire s'est dit prêt à créer un fonds d'indemnisation doté dans un premier temps de 20 millions d'euros, mais les versements sont soumis à des expertises judiciaires.

Samedi, une patiente traitée au Mediator a subi une attaque cardiaque juste après une expertise destinée à établir un lien éventuel entre sa maladie du coeur et la prise du Mediator. Elle est sortie mercredi du coma artificiel où elle avait placée.

Les ministères de la Santé et de la Justice ont demandé mardi à la magistrate chargée de faire avancer l'indemnisation des victimes de faire des recommandations pour encadrer ces expertises.

"Je ne veux pas qu'il y ait de double épreuve pour les patients", a déclaré Xavier Bertrand. "L'expertise est nécessaire mais les conditions de l'expertise doivent être précisées", a-t-il insisté.

"Sur tous ces sujets, je le dis au groupe Servier : il faut aujourd'hui changer d'attitude", a-t-il ajouté.

Laure Bretton et Marc Angrand, édité par Yves Clarisse