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L'Assemblée fait marche arrière sur l'huile de palme en maintenant son exclusion des biocarburants

L'Assemblée nationale - Image d'illustration

L'Assemblée nationale - Image d'illustration - Lionel Bonaventure - AFP

Les députés ont voté jeudi un amendement pour un report à 2026 de l'effacement de l'huile de palme de la liste des biocarburants. Une décision qui a été vivement dénoncée par les associations écologistes.

Après le tollé suscité par le vote d'un amendement favorisant l'huile de palme jeudi, l'Assemblée nationale a fait marche arrière ce vendredi soir en maintenant son effacement de la liste des biocarburants, contre l'avis du gouvernement.

Face à la colère des écologistes et à l'embarras de sa majorité, le Premier ministre Edouard Philippe avait lui-même demandé un second vote vendredi. Les députés avaient voté jeudi un amendement parlementaire prévoyant le report à 2026 de l'exclusion de l'huile de palme de la liste des biocarburants, qui bénéficient d'un avantage fiscal. 

Un amendement qui a surpris

L'adoption de cet amendement a surpris, alors que l'Assemblée avait justement voté l'an dernier l'exclusion de l'huile de palme de ce régime fiscal favorable. Total avait tenté un recours mais le Conseil constitutionnel avait débouté le groupe pétrolier, jugeant que le Parlement pouvait tout à fait supprimer cet avantage.

Le gouvernement, qui a fait de l'écologie une de ses grandes priorités, est resté vendredi sur sa position en appelant une nouvelle fois à voter en faveur de l'amendement. Mais il a été déjugé par sa propre majorité. Il est "hors de question qu'on revienne sur ce qu'on a voté l'année dernière", a souligné la députée en marche Emilie Cariou.

"Cette niche fiscale est complice d'un écocide, on ne peut pas soutenir ça", a fustigé l'ancienne ministre de l'Environnement Delphine Batho, alertant sur la disparition des orangs-outans. "Allez vous donner directement votre ministère à Total ?", a lancé Mathilde Panot (LFI). D'autres députés ont dénoncé "un vote en catimini" jeudi. "On ne peut pas revenir par la fenêtre quand on a été bouté par le porte" l'année précédente, a souligné le rapporteur général Joël Giraud (LaREM), déplorant un "chantage à l'emploi indécent" de la part de Total. 

"Plus royalistes que le roi"

Le revirement de jeudi avait été immédiatement dénoncé par les associations écologistes comme le résultat d'un "lobbying éhonté" de Total, qui a démarré début juillet l'exploitation d'une raffinerie d'agrocarburants à La Mède, près de Marseille. 

L'amendement controversé était d'ailleurs cosigné par des élus Modem, LaREM et LR des Bouches-du-Rhône. L'un d'eux, Mohamed Laqhila (MoDem), a de nouveau appelé vendredi à "ne pas mettre en péril notre industrie" face à la concurrence étrangère et "ne pas être plus royalistes que le roi". Le site, qui emploie 250 personnes, a prévu de traiter 650.000 tonnes d'huiles et de graisses par an et de s'approvisionner en huile de palme "durable et certifiée" à hauteur de 300.000 tonnes au maximum, selon le groupe pétrolier.

L'utilisation massive d'huile de palme dans l'industrie, des carburants aux cosmétiques en passant par l'alimentation, est accusée par les défenseurs de l'environnement de provoquer une déforestation massive et une menace sur la biodiversité des forêts tropicales mondiales.

"Patrick Pouyanné, PDG de Total, a souligné que la puissance publique avait été incohérente en soutenant la transformation de l'usine de La Mède en bioraffinerie et en réclamant des investissements de 200 ou 300 millions d'euros, il y a quelques années, pour ensuite renoncer" à un soutien", selon Roland Lescure. "Cela peut s'entendre", a-t-il ajouté.

Fin octobre, le PDG de Total avait plaidé sa cause en demandant "juste à être au même niveau de compétition que nos concurrents européens qui, contrairement à nous, bénéficient d'un avantage fiscal jusqu'en 2030". Côté écologistes, l'association France nature Environnement (FNE) a dénoncé "un chantage à l'emploi mené par Total autour de l'usine de La Mède, usine dont la légalité est débattue en justice suite à une plainte". 

Et de dénoncer un "désastre environnemental" causé, selon elle, par la production extensive d'huile de palme: "Chaque jour, des milliers d'hectares sont brûlés pour faire pousser ces palmiers déforestant une grande partie de l'Asie du Sud-Est et de l'Afrique".

Jeanne Bulant avec AFP