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L'après-Strauss-Kahn se noue politiquement en France

De gauche à droite, les candidats socialistes potentiels pour 2012: Martine Aubry, Laurent Fabius, François Hollande, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. La classe politique française est entrée dans "l'après-Dominique Strauss-Kahn" avec le retrait forcé

De gauche à droite, les candidats socialistes potentiels pour 2012: Martine Aubry, Laurent Fabius, François Hollande, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. La classe politique française est entrée dans "l'après-Dominique Strauss-Kahn" avec le retrait forcé - -

par Sophie Louet PARIS (Reuters) - La classe politique française est entrée dans "l'après-Dominique Strauss-Kahn" avec le retrait forcé de la...

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La classe politique française est entrée dans "l'après-Dominique Strauss-Kahn" avec le retrait forcé de la pièce maîtresse du Parti socialiste et jauge ses chances à cette nouvelle aune pour la présidentielle de 2012.

Les socialistes, d'abord tétanisés, se résolvent au pragmatisme six jours après le "coup de tonnerre", au risque de réveiller les vieux démons de la division.

Dominique Strauss-Kahn, qui a démissionné jeudi de la direction du Fonds monétaire international (FMI), a été inculpé pour une tentative de viol présumée à New York et devait être libéré sous caution ce vendredi.

Le temps politique l'emportant sur le temps judiciaire à 11 mois de la présidentielle française, le PS est tenté d'accélérer son calendrier interne pour combler au plus vite le vide.

La pression monte sur Martine Aubry, premier secrétaire du parti, pour incarner l'alternative "officielle" dans la primaire d'octobre alors que son prédécesseur, François Hollande, a pris la place du favori dans les sondages.

La dirigeante socialiste se refuse pour l'heure à sauter le pas et maintient l'échéance du 28 juin-13 juillet pour le dépôt des candidatures à l'investiture.

Manuel Valls a plaidé vendredi pour "une réponse exceptionnelle" dans une "période exceptionnelle" : il faut "que tout le monde mette sa candidature, son ambition entre parenthèses", a-t-il dit, mettant en garde contre "une compétition mortelle" comme au congrès de Reims en 2008.

Mais François Hollande estime qu'on veut lui barrer la route sous prétexte de rassembler les troupes socialistes.

"On dramatise la situation pour justifier la candidature et le rassemblement autour de Martine Aubry", a-t-il dit dans Le Monde daté de samedi.

"SAINTETÉ"

"De toute façon, même avec Strauss-Kahn, ils allaient s'écharper", s'amuse un membre du gouvernement.

Une boutade résumant l'optimisme discret qui commence à se faire jour dans la majorité même si consigne a été donnée par l'Elysée d'observer le mutisme le plus prudent sur une affaire sans précédent dans les annales politiques françaises.

Certes, l'hypothèse Dominique Strauss-Kahn était considérée par beaucoup à droite comme une aubaine pour le président sortant du fait des "vulnérabilités" de l'homme - dont son appétence pour les femmes - mais l'élimination du favori des sondages a redonné du mordant aux élus de la majorité.

"En contrechamp, Nicolas Sarkozy accède à la sainteté", se réjouit un parlementaire de la majorité, estimant que l'image du chef de l'Etat, toujours très bas dans les sondages, ne peut que profiter de cet avatar -- et de la grossesse de son épouse.

Un haut responsable de la majorité tempère son enthousiasme : "Une candidature DSK soldait le 'bling-bling' reproché à Sarkozy - souvenez-vous de l'épisode de la Porsche -, maintenant, cette dimension n'est pas totalement évacuée".

Si Nicolas Sarkozy n'a toujours pas retrouvé "le chemin des coeurs", il est en train de conquérir "le chemin des cerveaux", juge un autre ministre. "Son bilan est solide".

François Miquet-Marty (institut ViaVoice), souligne qu'outre l'affaire "DSK", le chef de l'Etat est servi par le contexte.

La hausse de 1% de la croissance au premier trimestre et l'amélioration du marché de l'emploi sur la même période militent ainsi en sa faveur et sa détermination à agir en Libye et en Côte d'Ivoire pourrait être mise à son crédit.

"LES FANTASMES DE BORLOO"

Mais le réveil des appétits au centre, redoublés par le retrait de Dominique Strauss-Kahn, menace toujours d'entraver sa difficile reconquête en dispersant les voix de droite, et de compromettre sa présence au second tour de la présidentielle.

Considéré comme un candidat de centre-gauche, Dominique Strauss-Kahn aurait privé les centristes d'un espace notable, qui désormais se libère.

"Cette affaire, ça a réveillé les fantasmes de (Jean-Louis) Borloo", affirme un responsable de la majorité.

Le président du Parti radical, tout à l'édification d'un pôle centriste, se prononcera officiellement à l'automne sur une éventuelle candidature, mais ses proches, comme ses adversaires potentiels à l'UMP, notent que l'ancien ministre de l'Ecologie a "l'envie" qui manque peut-être à Martine Aubry.

"C'est un joueur de poker, il aime les 'deals', il va faire monter les enchères avec Sarkozy", prédit un responsable de la majorité.

Si l'on discerne depuis le début de l'affaire Strauss-Kahn un frémissement dans les intentions de vote pour Jean-Louis Borloo ou encore l'écologiste Nicolas Hulot, qui se positionne au centre-gauche, les gains pour l'extrême droite sont pour l'heure minimes. Les analystes observent un tassement de Marine Le Pen, présidente du Front national, autour de 21%.

Mais un dirigeant de la majorité considère que la menace Le Pen est plus que jamais d'actualité pour Nicolas Sarkozy au regard du feuilleton judiciaire qui attend les Français.

"Tout ce qui dégrade la classe politique nourrit le vote protestataire", glisse-t-il.

Edité par Patrick Vignal et Yves Clarisse

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