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Juppé à Philippe: "N'y allez pas"

Alain Juppé et Édouard Philippe

Alain Juppé et Édouard Philippe - CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Sans exprimer de désaccord politique avec Emmanuel Macron, l'ancien Premier ministre a tenté de dissuader son protégé d'accepter Matignon,

C'est presque une preuve d'amour du mentor pour son disciple: avant la nomination d'Édouard Philippe à Matignon, le père spirituel qu'est pour lui Alain Juppé - le nouveau Premier ministre, "homme de droite", préfère l'appeler "patron" - a tenté de dissuader son poulain d'accepter l'offre d'Emmanuel Macron. Sur le fond, celui qui souhaitait "couper les bouts de l'omelette pour gouverner avec les gens raisonnables" ne peut pas "dire du mal" de cette union, révèle Le Canard enchaîné.

Mais le maire de Bordeaux ne dort plus à l'idée que son homologue du Havre sorte rôti de "l'enfer de Matignon". "Je sais que Matignon ne se refuse pas, mais n'y allez pas. Prenez un gros ministère, comme la Défense", adjurait Alain Juppé dimanche soir, toujours selon Le Canard

Matignon, "c'est mortel"

C'est que le perdant de la primaire de la droite est un grand brûlé de la rue de Varenne: le "meilleur d'entre nous" garde un souvenir frustré de ses deux ans comme Premier ministre de Jacques Chirac. Le chef du gouvernement "droit dans ses bottes" face à la vaste contestation provoquée par sa réforme de la Sécurité sociale a cherché à dissuader Édouard Philippe de se lancer dans cette "transgression" des clivages:

"Matignon, c’est déjà difficile quand on dispose, comme c’était mon cas avec Chirac, d’une marge de manœuvre importante. Mais, quand on ne l’a pas, c’est mortel. [...] Vous allez passer pour un traître. Vous allez être lâché par tout le monde. [...] Je pourrai vous soutenir individuellement mais pas politiquement", a-t-il prévenu.

Alors que nombre de ses lieutenants acceptent "la main tendue" d'Emmanuel Macron, le maire de Bordeaux temporise quant à lui, attendant le résultat des législatives: "Si la droite et le centre ne sont pas majoritaires à l’Assemblée nationale, le pays ne comprendrait pas que nous nous engagions dans une opposition systématique", a-t-il déclaré dans la foulée de la nomination d'Édouard Philippe.

Louis Nadau