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"J'ai envie de me consacrer à ma commune": ces députés qui délaissent l'Assemblée pour être maires

L'Assemblée nationale

L'Assemblée nationale - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Une vingtaine de députés ont décidé de quitter leurs fonctions au Palais-Bourbon au profit de leur mandat de maire. Une obligation depuis l'interdiction du cumul de ces fonctions par une loi de 2014.

Stéphane Le Foll avait sauté le pas en 2018. Au coeur de l'été, ce fidèle parmi les fidèles de François Hollande avait renoncé à son mandat de député de la Sarthe afin de succéder au maire du Mans, Jean-Claude Boulard, décédé quelques semaines auparavant. "Cela ne fait pas un mois mais un an qu'il déprime", glissait un élu socialiste dans un portrait publié dans Libération en juin de cette année-là, quelques semaines après l'échec de l'ancien ministre de l'Agriculture à devenir premier secrétaire du Parti socialiste (PS).

Depuis une loi de 2014, députés et sénateurs ne sont plus en droit d'exercer leur mandat parlementaire en plus de fonctions exécutives locales. Bouleversement de taille d'une culture solidement ancrée au sein des deux Chambres de la Ve République; en 2012, selon le site vie-publique, 476 députés sur les 577 du Palais-Bourbon étaient en situation de cumul, et 267 sur 348 sénateurs.

Deux ans après la démission de Stéphane Le Foll, d'autres députés ont cédé aux sirènes du mandat de maire. Alors que le deuxième tour des municipales s'est tenu dimanche, ils sont une vingtaine à sauter le pas et quitter les travées du Palais-Bourbon, selon France Inter.

"Je me sens plus utile"

Luc Carvounas, député socialiste du Val-de-Marne depuis 2017, compte parmi ces tenants du retour au bercail. Le socialiste, autrefois proche de Manuel Valls, a démissionné le 23 juin 2020 "pour cause d'incompatibilité". Le 15 mars dernier, il a été réélu maire d'Alfortville dès le premier tour.

"Étant natif d'Alfortville, je me sens plus utile à faire progresser ma ville que de travailler aujourd'hui à l'Assemblée nationale où depuis le début de ce quinquennat, les oppositions ne sont pas écoutées", assène-t-il auprès de BFMTV.com avec une pointe d'amertume. "Je n'ai pas un surmoi suffisamment important pour estimer que les ors de la République sont suffisants pour passer à côté d'un mandat d'élu local", poursuit-il.

De son propre aveu, il estime avoir "fait les choses à l'envers". Conseiller général puis sénateur, maire, député et de nouveau maire. "J'ai fait un joli cycle déjà. J'ai envie de me consacrer à ma commune", fait-il valoir. Sans regret, semble-t-il, loin de ce "Parlement du non-cumul" qui engendre des élus déconnectés des réalités du terrain, fustige-t-il.

Choix compliqué

À l'Est, Laurent Furst a fait le même choix. Le désormais ex-député Les Républicains (LR) du Bas-Rhin a regagné ses pénates dans la commune de Molsheim, dont il a été maire pendant 22 ans, et député-maire de 2012 à 2017. Il a été réélu au premier tour, le 15 mars, et a démissionné de son mandat de député le 27 juin.

"J'ai été député et maire de 2012 à 2017 et je n'ai été heureux qu'en occupant ces deux fonctions car il y avait une synergie pleine et entière entre les deux", raconte le président de la fédération LR du Bas-Rhin à BFMTV.com.

Nostalgique du Palais-Bourbon? Il ne se fait pas prier. "L'Assemblée me manque mais en même temps j'ai un amour immodéré pour le mandat de maire", confie-t-il, se rappelant une "vie trépidante, motivante" lorsqu'il était en situation de cumul.

Face à un choix compliqué, plusieurs éléments ont fait pencher la balance en faveur de la mairie. Pour lui, l'Assemblée nationale sous le quinquennat de Macron n'est plus qu'une "chambre d'enregistrement". "Un deuxième mandat dans l'opposition était un peu usant."

Comme Luc Carvounas, il n'a pas de mots assez durs contre la loi de non-cumul des mandats, une "absurdité": "Je pense que la mairie, c'est l'école de formation des députés de qualité."

Blues des suppléants

Usure, fatigue… les députés raccrocheurs ont parfois même du mal à être remplacés, faute de motivation de leur suppléant. C'est notamment le cas en Seine-Maritime, avec la démission du député socialiste Christophe Bouillon, qui a fait le choix de la mairie de Barentin. Son suppléant a préféré conserver sa propre mairie, provoquant donc la tenue future d'une législative partielle dans la cinquième circonscription du département, rapporte France Inter.

Pour la succession de Luc Carvounas aussi, il y aura une législative partielle, mais pas faute de motivation: la suppléante du maire d'Alfortville, devenue élève à l'ENA après 2017, a renoncé, à défaut de pouvoir être députée et haute-fonctionnaire. En Alsace, les hésitations se sont soldées par un "oui": le suppléant de Laurent Furst a finalement accepté de succéder à l'ancien député, mais selon ce dernier, "ça a été un long débat" clôt durant le confinement. "Il y est allé par sens du devoir", juge l'ancien député. Crise des vocations à prévoir en 2022?

Clarisse Martin Journaliste BFMTV