BFMTV

Inquiète de l'équilibre financier, la droite impose un débat sur les retraites au Sénat

A l'intérieur du Sénat. - François Guillot - AFP

A l'intérieur du Sénat. - François Guillot - AFP - -

Si le texte n'est pas attendu au Parlement avant mi-février, le Sénat a pris les devants en organisant d'ores et déjà un débat à son sujet.

Âge pivot, montant des pensions, prise en compte de la pénibilité... Contestée dans la rue depuis plus d'un mois, la réforme des retraites a été débattue mardi au Sénat. L'opposition de droite, qui domine la Chambre haute, s'est dite "inquiète" quant à son équilibre financier. 

Les mêmes sujets de préoccupation ont été soulevés dans la soirée à l'Assemblée nationale, lors d'une séance de questions assez techniques, à l'initiative des députés Les Républicains (LR).

Le projet gouvernemental sur la retraite par points, qui doit être présenté en Conseil des ministres le 24 janvier, n'est pas attendu au Parlement avant la mi-février mais le Sénat a pris les devants en organisant un débat en bonne et due forme sur ce sujet qualifié de "hautement inflammable" par le président LR de la commission des Affaires sociales Alain Milon.

"Bismarck disait: 'Les lois c'est comme les saucisses, il vaut mieux ne pas savoir comment elles sont préparées'. Mais les Français ne sont pas comme Bismarck et préfèrent le savoir. Et nous, parlementaires, encore plus. D'où l'utilité de ce débat", a lancé Claude Malhuret, président du groupe Les Indépendants.
"Le gouvernement a tout fait pour démonétiser sa propre parole", il a "tout fait pour créer le doute et la confusion dans l'esprit de nos compatriotes", a accusé Alain Milon, estimant qu'"il ne doit pas s'étonner de la défiance".

Une rencontre à Matignon vendredi

"Nous ne sommes pas farouchement opposés à une réforme", a assuré pour Les Républicains René-Paul Savary, tout en déclinant toute une série de motifs d'"inquiétudes": pour les femmes, pour les pensions de réversion, mais surtout "quant à l'équilibre financier de ce futur projet de loi". "Quant à l'âge pivot, ma foi on en reparlera plus tard... pas d'histoire d'argent entre nous", a-t-il ironisé, alors que LR défend un recul de l'âge légal de départ à la retraite de 62 ans à 64 ans puis 65 ans, seul moyen selon LR de garantir le pouvoir d'achat des retraités.
"Nous venons de passer six mois sans que le gouvernement soit capable de nous dire quels sont les enjeux budgétaires, c'est pourtant la question principale. L'âge d'équilibre, nous ne savons plus si vous allez le maintenir", a renchéri Philippe Dallier.

Édouard Philippe a annoncé mardi que les partenaires sociaux se retrouveraient vendredi à Matignon pour discuter de la conférence de financement proposée par Laurent Berger, opposé à l'instauration d'un âge pivot pour inciter les Français à travailler plus longtemps dès 2022. 

"Le débat est ouvert", a sobrement réagi le secrétaire d'État chargé des Retraites, Laurent Pietraszewski, se refusant à "préjuger de ces négociations", et souvent évasif dans ses réponses.

Défendant une réforme "nécessaire", Jean-Marie Vanlerenberghe (centriste) a lui plaidé pour une mise "entre parenthèses" de l'âge pivot et a estimé que les critères définissant la pénibilité étaient "à reconsidérer, notamment pour les charges lourdes".

"La pénibilité est pour nous un élément essentiel dont il faut tenir compte", a abondé Stéphane Artano (RDSE à majorité radicale).

Retrait pur et simple de la réforme, plaide la gauche

À gauche, PS et CRCE à majorité communiste ont réclamé le retrait pur et simple de la réforme. Elle est "structurellement inégalitaire", a attaqué le président du groupe PS Patrick Kanner, jugeant que l'âge pivot à 64 ans est "une aberration, une régression sociale".

Pour Cathy Apourceau-Poly (CRCE), qui a rendu "hommage aux salariés qui se mobilisent depuis un mois", le système universel proposé par le gouvernement "masque la volonté de niveler les droits sociaux vers le bas".

Laurent Pietraszewski a au contraire défendu une réforme qui garantit "l'équité et la justice sociale", soulignant que la mise en place du système universel "ne signifie pas l'application de règles rigides, identiques pour tous".

À l'Assemblée, il a eu à répondre à une batterie de questions sur l'extinction des régimes spéciaux, les professions libérales et encore les petites pensions.

"On ne compte plus les reculades. M. Macron parvient à bloquer le pays sans même le réformer", a attaqué Virginie Duby-Muller (LR).

Le patron du groupe de droite Damien Abad voulait "mettre un terme au piétinement du Parlement qui n'a pas été consulté". Il prévoit un nouveau débat au Palais-Bourbon le 4 février.

C.M. avec AFP