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INFOGRAPHIE - Assemblée: Valls peut-il perdre la confiance?

Manuel Valls va devoir galvaniser sa majorité lors de son discours, juste avant le vote de confiance, ce 16 septembre.

Manuel Valls va devoir galvaniser sa majorité lors de son discours, juste avant le vote de confiance, ce 16 septembre. - Pierre Andrieu - AFP

INFOGRAPHIE - Une partie de l'avenir politique de Manuel Valls se joue ce mardi. Réagissant à la fronde qui se répand dans les rangs socialistes, il a convoqué l'Assemblée pour un vote de confiance. S'il échoue, il devra démissionner. Un scénario peu probable malgré la fragilité de la majorité.

(Article mis à jour le 16 septembre à 12h10: les Verts ont annoncé qu'ils s'abstiendraient en bloc, sauf Suzanne Tallard, qui votera contre.)

"Il peut toujours y avoir un accident", c'est le Premier ministre lui-même qui l'affirme. Alors que la majorité socialiste est fragilisée, Manuel Valls a décidé de risquer le vote de confiance à l'Assemblée nationale. S'il gagne son pari, il en sortira renforcé, ce qui ménagera des marges de manœuvre à son nouveau gouvernement.

Mais s'il échoue, il devra présenter sa démission. Cela placera aussi François Hollande dans une position délicate: dissoudre l'Assemblée dans un contexte extrêmement défavorable, ou continuer sans majorité parlementaire. L'enjeu est de taille. Mais y a-t-il un risque réel?

La majorité socialiste n'est pas aujourd'hui en très grande forme. Sur les 577 députés, le groupe socialiste en représente exactement la moitié plus une voix, soit 289. Pile ce dont elle a besoin pour remporter un vote. A leurs côtés, on peut compter 17 députés radicaux, soutien de la majorité, et petite réserve de voix en cas de coup dur.

Une avance théorique de 33 voix

Si l'on suit une stricte logique de groupe et que tout le monde vote, Manuel Valls l'emporterait avec une avance de 33 voix (305 pour, moins la voix de Thomas Thévenoud dont Manuel Valls ne veut pas, et 272 contre).

Cette projection de l'Assemblée donne une idée du caractère serré de ce vote. En couleurs vives, les groupes qui devraient voter pour, la majorité nécessaire correspond exactement au groupe socialiste plus une voix (289).

En nombre de voix, voilà ce que ça donne (tant que l'aiguille est dans le rouge, le nombre de voix n'est pas suffisant):

Ces 305 voix sont à relativiser par le climat de discorde qui règne actuellement dans les rangs de la majorité. On compte depuis quelques semaines au sein du groupe socialiste une quarantaine de députés frondeurs. Ils ont déjà promis de s'abstenir, et se sont rapprochés de Jean-Luc Mélenchon en le rejoignant à la Fête de l'Humanité. Le fondateur du Parti de gauche les exhorte non pas à s'abstenir, mais à voter contre Manuel Valls. Martine Aubry, de son côté, les appelle à voter en leur âme et conscience.

Le scénario catastrophe

Seuls les votes exprimés comptent pour calculer la majorité, ce qui signifie qu'un vote "Non" venant d'un député socialiste ou radical est deux fois plus dévastateur qu'une simple abstention: il enlève une voix à Manuel Valls tout en grossissant les rangs opposés. Pour que le Premier ministre échoue, il faudrait que 36 des frondeurs s'abstiennent, ou que 18 votent contre. C'est le scénario catastrophe. Ces chiffres sont inquiétants pour Manuel Valls, car il y a toujours eu un certain nombre nombre d'abstentionnistes lors des derniers votes, mêmes importants pour le gouvernement: 11 pour le premier vote de confiance de Valls, 41 pour le programme de stabilité, 1 sur le premier et 33 sur le second volet de la réforme de la sécurité sociale...

Avec 36 abstentions dans le groupe socialiste, l'aiguille penche du mauvais côté, à une voix près.

Le Parti radical de gauche devrait voter la confiance. Avec ses 17 députés, il est la réserve de voix cruciale qui permet à Manuel Valls d'envisager ce vote, et compensera les éventuelles défections de frondeurs. Pourtant, cette alliance était près de capoter il y a quelques semaines, notamment à cause de la réforme territoriale. Une défection surprise des radicaux et des frondeurs scellerait le sort du gouvernement. Heureusement pour le Premier ministre, c'est très improbable: les radicaux possèdent trois ministres au gouvernement depuis le dernier remaniement.

Quant aux Verts, impossible de compter sur eux pour le Premier ministre. Ils ont un sérieux problème avec Manuel Valls, qui était personnellement l'une des raisons de leur départ du gouvernement. Voter contre ou s'abstenir? Ils sont encore divisés sur la question, mais on peut raisonnablement imaginer qu'ils s'opposeront à la confiance, tout du moins certains d'entre eux. S'ils s'abstiennent, cela consolidera la position de Manuel Valls. 

Les votes ne se passent jamais de manière aussi massive: il y aura des absents, des électrons libres, des surprises, des centristes pourraient s'abstenir... Le sort de Valls est entre les mains des frondeurs, et de leur intention d'aller au bout de leur contestation, ou non.

Et Thomas Thévenoud? Manuel Valls a annoncé qu'il ne voulait pas de sa voix. Dans le pire des scénarios, elle pourrait pourtant être celle qui le sauvera.