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Horaires interminables, pressions: les conditions de travail difficiles des employés de Matignon

Deux personnes qui travaillent à Matignon, au bord du burn-out, racontent le quotidien effréné des fonctionnaires d'État au service du Premier ministre.

Un goût de mal-être dans les couloirs de Matignon. Horaires éreintants, supervision difficile, atmosphère "tendue"... le quotidien semble difficile pour les fonctionnaires de l'État au service du Premier ministre.

Quatre conseillers ont quitté Matignon depuis le mois de mai dernier pour diverses raisons, date à laquelle le gouvernement est entré en fonction. 14 secrétaires du cabinet du Premier ministre on été réaffectées. Deux personnes qui travaillent toujours là-bas, Marie* et Paul*, se sont confiées à BFMTV. Elles sont au bord du burn-out

"Illégal et anormal"

D'après Marie, leur travail n'est "jamais réellement considéré". Elle décrit des techniques managériales compliquées:

"Quand un conseiller dit à une personne qu’elle peut sauter à tout moment, qu’il décide si elle sera encore là le mois prochain, la semaine prochaine, comme ça en face-à-face, je pense que c’est quelque chose qui n'est pas facile à encaisser", confie-t-elle. 

"Être exigeant c’est une chose, mais travailler beaucoup plus sans compensation c’est anormal. C’est le cas actuellement au cabinet", renchérit son collègue. Il explique que deux secrétaires se partagent la journée mais que depuis que l'une d'elles est en congés, l'autre assure quasiment les deux parties de la journée: "Elle va travailler de 8h30 à 20 heures, ce qui est tout à fait illégal et anormal."

Selon lui, certaines secrétaires, assistant des conseillers dans leur "travail intensif", finissent leurs journées à "3 heures, 4 heures du matin"... et Marie affirme qu'elles reprennent le jour suivant: elles font "la journée, elles enchaînent sur la nuit et ré-enchaînent le lendemain." Quand dorment-elles? "De 5 heures à 7 heures du matin", devine-t-elle. 

"On n'est jamais sûr de garder son poste", déplore Marie. "On ne sait jamais si on finira la semaine."

"On a vu des conseillers pleurer"

D'après Marie, cette atmosphère est propre à ce nouveau gouvernement:

"C’est étonnant qu’un gouvernement arrive et que plus personne ne fasse l’affaire sachant qu’elles ont 10, 15, 20 ans d’expérience. (...) On a eu aussi des anciens Premiers ministres qui étaient difficiles mais non, ce n’était pas aussi dur. Ce n’était pas aussi malsain comme ambiance."

"On a vu des conseillers pleurer", explique Paul. De fait, les fonctionnaires de Matignon reçoivent les visites d'une coach bien-être. "Je ne sais pas si c'est une bonne chose", lâche Marie, sceptique. "On devrait aller bien, on ne devrait pas en arriver là." 

BFMTV a rencontré cette coach. Le cabinet du Premier ministre lui a demandé de rester très discrète sur le sujet. Elle est intervenue quatre fois en mars dernier. À chaque fois, c'était pour une heure d'exercices de relaxation avec des huiles essentielles. Lorsqu'elle s'occupe d'un groupe de 10 à 12 salariés, elle facture 230 euros, TTC. 

Édouard Philippe "assume"

Interrogé par BFMTV ce mercredi à l'occasion du séminaire gouvernemental à l'Élysée, Édouard Philippe a reconnu qu'"À Matignon, on travaille beaucoup", et qu'il "y veille":

"La pression est considérable, notamment parce que les attentes des Français sont considérables. Compte tenu de cette pression, compte tenu de l'intensité du travail, on ne peut pas dès lors que quelque chose ne va pas, espérer que ça va s'arranger ou attendre."

Il évoque des "décisions rapides" lorsqu'il y a des problèmes, en rappelant qu'"il ne s'agit pas de licenciements" mais de "réaffectations dans un autre poste administratif". Le Premier ministre assure d'"un engagement total au service des Français": "J'entends que cet engagement total et que cette exigence totale soient maintenus, je l'assume."

* Les prénoms ont été modifiés

B.P. avec Salhia Brakhlia