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Guaino : « Il faut détaxer le travail ! »

Henri Guaino, invité chez J-J. Bourdin le lundi 22 octobre

Henri Guaino, invité chez J-J. Bourdin le lundi 22 octobre - -

Henri Guaino est le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Il se charge avec rigueur et fermeté, de relayer l’action politique du président.

J-J B : C’est vous qui avez suggéré au président de la République la lecture de la lettre de Guy Môquet ?
H G : Oui, on a parlé de cette lettre avec Nicolas Sarkozy. Il en parlé dans les différentes réunions publiques pendant sa campagne. Et un jour, il est venu sur cette idée tout seul, mais je suis très content qu’il ait eu cette idée.

J-J B : J’étais à St Etienne ce week-end et j’ai rencontré beaucoup d’auditeurs de RMC, beaucoup de français, de tout âges et ils ne m’ont parlé que d’une chose : de leur inquiétude autour du pouvoir d’achat. Qu’allez-vous faire pour essayer de donner un peu de pouvoir d’achat aux français ?
H G : D’abord c’est partagé par le Président de la République. Tellement partagé que ça a été au centre de la campagne présidentielle. C’est lui qui a mis cette question de pouvoir d’achat au cœur du débat public. Il y a tout un débat, notamment le paquet fiscal qui avait pour but de donner du pouvoir d’achat, même si ce n’était pas la solution définitive. Vous allez voir que les gens qui font des heures supplémentaires vont avoir sur leurs feuilles de paye très bientôt le résultat de ce qu’on a décidé au printemps.

J-J B : Qu’est ce que vous allez décider ? Quelles sont les pistes ?
H G : Il y a déjà les réformes qui ont été faites et qui sont importantes dans le paquet fiscal. On a supprimé d’ailleurs la partie qui portait sur les intérêts et sur le stock des intérêts d’emprunts immobiliers. Je le regrette parce que c’était d’abord une mesure de pouvoir d’achat. Je le déplore donc mais on nous a dit que ce n’était pas bien, que ce n’était pas une bonne politique économique. Evidemment il y a beaucoup de choses à faire dans le domaine de la concurrence.

J-J B : Dans la Commission Attali, dans ses propositions, vous retenez quoi ?
H G : Tout est intéressant dans ce que dit la Commission Attali. Je pense que le volet sur la distribution pose un vrai problème : la réglementation sur la distribution et les relations entre les fournisseurs et distributeurs en France. Ils faut sans doute plus de concurrence de façon à ce que les prix puissent baisser mais il est bien évident que cela ne suffira pas à régler le problème du pouvoir d’achat de manière durable.

J-J B : Oui d’autant plus que les matières premières sont de plus en plus chères, que les prix vont augmenter. Tout va augmenter, le pétrole par exemple ; qu’est ce que vous faites face à tout ça ?
H G : On ne va pas empêcher le pétrole d’augmenter…

J-J B : Mais vous pourriez baisser les taxes…
H G : Non, parce que si on baisse les taxes sur le prix du pétrole on ne rend pas service, ni à la planète ni aux consommateurs. Parce que de toute façon le pétrole se raréfie. Donc une matière plus rare voit son prix augmenter, de façon à pousser à l’économiser.

J-J B : Les taxes sont fixes…
H G : Oui les taxes sont fixes et il n’est pas question de les faire baisser. Si on les fait baisser, on atténue l’impact sur la consommation des produits pétroliers. Or il faut économiser de l’essence donc ce n’est pas le sujet. Baisser des taxes en général oui… Mais plutôt les taxes sur le travail, pour rendre du pouvoir d’achat aux salariés, ça c’est intéressant. Ce qu’il faut, c’est détaxer le travail progressivement le plus possible. Pour augmenter les salaires il faut d’abord détaxer le travail et deuxièmement il faut aller le plus possible vers une réforme fiscale de grande ampleur, se rapprocher le plus possible du plein emploi. Parce qu’à ce moment-là, le pouvoir de négociation des salariés change du tout au tout.

J-J B : Donc vous dites qu’il faut travailler plus pour gagner plus mais que les résultats ne se feront ressentir que plus tard. Pour l’instant vous n’avez rien à proposer de concret ?
H G : Il n’y a pas de recette miracle à 25 ans de stagnation des salaires en France. Il faut aussi ne pas mentir aux gens. On a un problème de pouvoir d’achat, il faut donc que toute la politique économique soit tendue vers le fait de rendre du pouvoir d’achat aux gens. Il y a la fiscalité, il y a l’emploi et il y a la croissance.

J-J B : Ça dépend de la conjoncture économique internationale…
H G : Pas seulement, ce n’est pas vrai. On ne dépend pas que de la conjoncture internationale.

J-J B : Notamment les Etats-Unis qui forcément protègent leur Dollar et le maintiennent bas pour éviter la récession, on est quand même dépendant…
H G : Oui… Mais qu’est ce qui empêche l’Europe de faire la même chose ? Pourquoi l’Europe serait-elle vouée à être la victime expiatoire de toutes les autres politiques du monde, sans jamais réagir. On a donc eu ce débat sur l’euro. On a expliqué que nous étions irresponsables, que la France était isolée mais elle l’est de moins en moins ! Parce que c’est un vrai débat ; plus l’euro est haut, plus le chômage augmente, plus le pouvoir d’achat est écrasé et plus on demande aux gens pour compenser la hausse de l’euro, des gains de productivité. Donc on dégrade les conditions de travail. C’est extrêmement important mais on n’est pas tout seul à décider, il faut décider avec les autres. La France a engagé sur la question de la politique monétaire un combat politique et elle le mènera avec détermination jusqu’au bout.

J-J B : Donc que dites-vous aux français pour résumer : vous dites qu’il faut faire des efforts, travailler plus et ils gagneront plus dans deux ans ?
H G : J’espère avant. Mais déjà ceux qui font des heures supplémentaires vont gagner plus tout de suite. Ça fait déjà beaucoup de monde. Mais personne n’a dans sa poche des trésors cachés qui vont permettre du jour au lendemain que le pouvoir d’achat augmente considérablement pour tous les français. Ce serait mentir que de dire le contraire. Ce qui est important c’est de savoir si c’est l’objectif absolu de la politique économique et de la politique sociale qu’on mène ou si ça ne l’est pas. Il y a des gens qui pensent que ça ne doit pas être l’objectif. Au Gouvernement tout le monde est d’accord avec cet objectif puisque c’est ce qui était proposé pendant la campagne. Tout le monde est là pour appliquer la politique que les français ont approuvé pendant la campagne présidentielle.

J-J B : Parlons des régimes spéciaux, discussions dans la semaine encore entre le Ministère du Travail et les syndicats ; les syndicats sont divisés. Les conducteurs de la SNCF pourront partir par exemple à la retraite à 55 ans alors que les autres cheminots partiront à 60 ans. Les 40 ans de cotisations c’est pour 2012 ou 2014 ?
H G : Jusqu’à présent l’objectif c’était 2012 mais les modalités se discutent. Tout se négocie dans les modalités. Ce qui ne peut pas se négocier c’est la convergence des régimes, c'est-à-dire qu’il n’y a pas de raison qu’il y ait des régimes avantagés et d’autres qui ne le soient pas. On a réformé les retraites du secteur privé, réformé celles de la fonction publique… Il faut maintenant réformer celle des régimes spéciaux. Cette convergence ne peut pas être discutée ou négociée dans son principe maintenant les modalités sont discutables évidement.

J-J B : Sur cette lettre de Guy Môquet qui sera lue dans tous les lycées de France sauf si les professeurs refusent ; ils ne seront pas sanctionnés, vous le regrettez ?
H G : Non, il ne s’agit pas de sanctionner les professeurs mais de les mettre en face de leurs responsabilités. Peut-être d’ouvrir ce débat sur les droits et les devoirs des enseignants.

J-J B : Vous avez dit « ils n’ont qu’à obéir »…H G : Je n’ai pas dit ça comme ça. On leur demande de lire cette lettre, mais ils ont la liberté de l’analyser, de la remettre dans son contexte. La liberté pédagogique est donc totalement préservée. Il s’agit juste de rappeler que l’Education Nationale n’est pas un libre service, c’est la nation qui décide du projet éducatif.

J-J B : Est-ce qu’à vos yeux les communistes ont récupéré Guy Môquet pour essayer de cacher le pacte Germano-Soviétique ?H G : Peut être. En même temps il y a eu aussi des communistes qui se sont magnifiquement comportés pendant la guerre.

J-J B : Donc il n’y a pas de récupérations politiques ni de la part des communistes, ni de la part de Nicolas Sarkozy ?
H G : Peut être qu’il y en a eu, mais je vous rappelle d’abord que c’est le Général de Gaulle qui est le premier à citer Guy Môquet à l’ordre de la Nation, et non Nicolas Sarkozy. Quant à la récupération politique pour le Président de la République je ne vois pas quel sens elle aurait aujourd’hui. Chaque fois que l’on veut faire un geste d’unité nationale, chaque fois que l’on veut créer des moments d’émotion partagée, un certain nombre de gens vous expliqueront qu’il s’agit soit de récupération politique soit que c’est une crise de nationalisme aigüe. Dans la lettre de Guy Môquet, il n’y a pas une trace de nationalisme ou de propagande. C’est un texte magnifique d’un jeune homme qui va mourir et qui n’exprime que de l’amour. Il meurt avec tristesse, il n’en a pas envie, et en même temps c’est important. Pour une fois que l’on veut montrer à la jeunesse l’engagement et le courage, la noblesse et la grandeur d’âme, on se trouve en face d’une polémique dérisoire qui, encore une fois, ne touche qu’un tout petit nombre de gens.

J-J B : Quand vous parlez de bassesse humaine, vous pensez par exemple à Bernard-Henri Lévy qui vous a traité de raciste ?
H G : Je n’ai pas envie de polémiquer avec ce monsieur. Ce n’était d’ailleurs pas de la polémique, mais de l’insulte et de la diffamation.

J-J B : Vous allez porter l’affaire en justice ou pas ?
H G : Je réfléchis. Au début je me suis dit que ce n’était pas très important. Je pourrais oui, parce que ce serait facile de démontrer que de toute ma vie je n’ai jamais eu ni un geste ni une pensée raciste. Le racisme me fait horreur. Mais j’ai commencé à me poser des questions, quand mon fils de neuf ans est rentré de l’école en me disant que ses camarades disaient de moi que j’étais raciste. Là, j’ai trouvé que finalement ça faisait beaucoup de dégâts, ce genre d’attitude misérable mais je n’ai pas envie de polémiquer avec ce monsieur.

J-J B : Le référendum sur la Constitution Européenne, vous aviez voté non ?
H G : J’avais voté non.

J-J B : Est-ce qu’il faut organiser un nouveau référendum sur le traité signé, parce que l’opinion publique le demande. Et pas qu’en France mais aussi en Grande Bretagne, en Espagne, en Allemagne, en Italie ?
H G : On a discuté de ça pendant la campagne avec Nicolas Sarkozy et nous étions partis de l’idée qu’il fallait faire une synthèse de la France du oui et de la France du non. Je trouve que le traité simplifié fait assez bien la synthèse, enfin en ce qui me concerne, je m’y retrouve bien.

J-J B : Ça ne change pas grand-chose par rapport au texte de la Constitution…
H G : Si, il y a quand même plusieurs choses : il n’y a plus du tout la troisième partie, c’est un texte purement institutionnel qui fait faire des progrès, qui débloque l’Europe. Sans régler définitivement le problème de l’Europe politique qui ne peut être effectivement réglé que par les peuples.

J-J B : Et pourquoi ne pas organiser un référendum ?
H G : Parce que c’est tout simple : si on avait dit au départ que nous n’accepterions ce traité que dans la mesure où il y aurait un référendum, il n’y aurait pas eu de traité simplifié parce que personne n’avait envie de recommencer l’expérience précédente. On a fait un traité qui débloque la situation mais avec l’engagement qu’il ne serait pas soumis à un référendum. C’est un texte davantage technique que politique, de ce point de vue, je trouve que c’était un assez bon compromis avec nos partenaires.

J-J B : Quel est le travail au quotidien d’un conseiller spécial ?H G : C’est celui de tous les conseillers : regarder les dossiers, suivre les textes, écrire des discours, essayer avec d’autres de garder une cohérence.

La rédaction-Bourdin & Co