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Racisme: l'ambassadeur Zair Kedadouche démissionne du Quai d'Orsay

Zair Kedadouche lors d'une conférence de presse aux côtés de Jean-François Copé en mars 2004.

Zair Kedadouche lors d'une conférence de presse aux côtés de Jean-François Copé en mars 2004. - -

L'ex-ambassadeur de France en Andorre dénonce plusieurs comportements racistes dans l'administration et notamment au Quai d'Orsay. Dans une lettre à François Hollande, il parle d'un racisme "abject".

Zair Kedadouche, ambassadeur de France auprès de la principauté d'Andorre, a claqué la porte le 1er avril. "C'est au ministère des Affaires étrangères que j'ai rencontré le racisme le plus abject", tonne l'ambassadeur dans une lettre datée du 5 mars et adressée à François Hollande, comme l'a révélé lundi le Nouvel Observateur.

Lors de son point de presse quotidien, le porte-parole du ministère, Romain Nadal, a jugé mardi "inacceptables" les attaques de l'ancien diplomate. "Les accusations graves de racisme et de discrimination portées par M. Kedadouche à l'encontre du ministère n'ont aucun fondement et sont inacceptables. Les inspections et évaluations menées régulièrement ne les ont jamais étayées", a-t-il dit. Selon lui, dans son dialogue régulier avec l'administration lors des diverses inspections, M. Kedadouche n'a jamais fait état de ces discriminations.

Une plainte pour comportements racistes

Dans cette missive, Zair Kedadouche précise qu'il a demandé à être déchargé de ses fonctions à son ministre de tutelle, Laurent Fabius, dès le 1er avril. C'est "au nom des valeurs de la République que le Quai d'Orsay a bafouées", que l'ambassadeur prétend démissionner. Il évoque en effet "une affaire de discrimination qui dépasse largement [s]on cas personnel".

"Certains dirigeants du Quai d'Orsay considèrent mon origine et mon nom comme un handicap", dénonce-t-il dans la lettre.

Zair Kedadouche se plaint d'un manque de soutien de la part des cabinets du ministre et du Président, et annonce porter "plainte auprès du procureur de la République pour comportements racistes et discriminations sociales et traitement différencié d'un fonctionnaire".

Parmi les griefs cités par Zair Kedadouche: un traitement différencié lors de sa nomination qui reposerait selon lui sur "une volonté de [l]'écarter". Mais aussi un changement de sa première affectation, prévue à Anvers, dans des Flandres où l'extrême droite est puissante et la communauté juive "importante". L'ambassadeur démissionnaire évoque également des pressions et un "chantage écrit" pour qu'il ne porte pas plainte contre des "propos racistes".

Dans sa longue lettre, le haut fonctionnaire, amer, se défend d'être un cas isolé et déplore "l'existence intrinsèque du racisme et de l'antisémitisme qui gangrènent notre République de l'intérieur même de son cadre administratif".

Zair Kedadouche est un ancien footballeur professionnel né à Tourcoing et d'origine algérienne. Il veut, dit-il "mener ce combat pour la génération qui arrive, dont la révolte gronde".

A. D. avec AFP