BFMTV

"Nous ne retirerons pas la réforme": Darmanin inflexible avant la grève du 5 décembre

Dans un long entretien accordé au Journal du Dimanche, le ministre de l'Action et des Comptes publics fait le tour des enjeux concernant le texte et la grève qui précède sa rédaction.

De la part du gouvernement, envoyer Gérald Darmanin au front est en soi un message. Celui de la détermination à mettre en œuvre coûte que coûte la réforme des retraites, malgré la grève prévue le 5 décembre, qui s'annonce massive. "Je comprends que les syndicats aient des revendications. Nous ne retirerons pas la réforme, mais nous ne sommes pas fermés à la discussion", déclare le ministre de l'Action et des Comptes publics dans Le Journal du Dimanche.

Inflexibilité et ouverture. Le diptyque habituel de tout exécutif à l'aube d'une période de grande crispation sociale. "Toutes les réformes des retraites ont suscité de fortes contestations. C'est ainsi", balaie-t-il, avant de tacler l'opposition:

"Je note que c'est la première fois de l'Histoire que le RN et le PS manifesteront côte à côte." 

À la question de savoir si les Français devront travailler davantage à l'issue de la réforme des retraites, l'ancien maire de Tourcoing répond que cela est "certain". Et de développer:

"C'est ce qu'ont fait tous les pays autour de nous. La seule question est de savoir sous quelle forme. (...) C'est aussi une question de croissance. Quand le chômage baisse et que la croissance augmente (...), il y a davantage d'argent à répartir."

"Prise en otage des usagers"

Dans la même veine, Gérald Darmanin souffle le chaud et le froid vis-à-vis des syndicats. Reprochant à la droite sénatoriale ses "provocations" à leur égard - au sujet du service minimum notamment - quelques jours avant la mobilisation de jeudi prochain, le ministre les met toutefois en garde:

"Je ne voudrais pas non plus d'une prise en otage des usagers pendant plusieurs semaines qui empêcherait de produire, de créer, de vivre." 

Affirmant ensuite, pour justifier la disparition programmée des régimes spéciaux de retraites, que "la société s'est transformée", le sarkozyste explique que notre système actuel est "illisible et pénalisant pour les jeunes générations". Il en conclut la chose suivante: "Nous sommes en train de sauver nos retraites et celles de nos enfants."

"Le temps est venu de parler davantage"

Sur les intérêts "catégoriels" défendus par certains secteurs comme la police ou les urgences, Gérald Darmanin déclare trouver cela "respectable". "Les policiers, qui font un métier dangereux, pourront bénéficier d'aménagements", avance-t-il, sans pour autant entrer dans le détail. Le locataire de Bercy reconnaît d'ailleurs implicitement, sur le contenu du texte, que le flou règne. "Le temps est venu de parler davantage au grand public, d'expliquer, de corriger si nécessaire", dit-il.

"On ne peut pas nous reprocher à la fois de court-circuiter les corps intermédiaires et de discuter avec les syndicats avant d'avoir un projet ficelé. Le texte n'est pas encore écrit - moi-même, je n'ai pas eu de version de travail sous les yeux", assure Gérald Darmanin auprès du JDD

Après avoir répété que la porte du Premier ministre Édouard Philippe "était ouverte" pour "préciser certains points" ou "intégrer des revendications légitimes", Gérald Darmanin se veut définitif: 

"Nous n'échouerons pas, la réforme se fera. Être courageux, très courageux, et être à l'écoute, très à l'écoute, c'est la bonne méthode pour répondre au paradoxe des Français: ils veulent un président fort qui à la fois transforme le pays et soit à l'écoute de la société et de ses difficultés." 
Jules Pecnard