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Le casse-tête du dernier remaniement du quinquennat

François Hollande et Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée, le 31 juillet 2015

François Hollande et Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée, le 31 juillet 2015 - Alain Jocard-AFP

Le remaniement aura bel et bien lieu dans les prochaines semaines. Entre jeu des chaises musicales, rivalités et rassemblement de la gauche, un véritable casse-tête pour François Hollande.

Il était attendu depuis la fin de la campagne des régionales. Il devrait intervenir dans les semaines à venir. Après la démission de Christiane Taubira, le prochain remaniement est certainement le dernier du quinquennat. Rassemblement de la gauche ou resserrement autour de la ligne de Manuel Valls, François Hollande va devoir trancher. Mais l'équation reste complexe: ce remaniement intervient en pleine révision constitutionnelle, qui a profondément divisé à gauche. Car à un an et demi de l'élection présidentielle, c'est bien 2017 qui est dans le viseur. Avec un dilemme: si le chef de l'Etat souhaite élargir sa base, il a aussi besoin de préserver une certaine cohérence. Un casse-tête. 

Quand?

Si François Hollande procède à un remaniement ministériel, ce sera après le 10 février, jour où l'Assemblée nationale devra voter le projet de révision constitutionnelle faisant entrer la notion "d'état d'urgence" dans la Constitution, a déclaré dimanche le ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. Le président est tenu par le calendrier, avec le remplacement de Jean-Louis Debré à la tête du Conseil constitutionnel: son successeur devra prêter serment début mars. Le chef de l'État pourrait donc boucler sa nouvelle distribution avant de s'envoler le 20 février pour la Polynésie française et l'Amérique latine. 

  • Pinel, Le Drian, Le Foll et Fabius sur le départ?

Un départ est a priori acté: celui de la ministre du Logement Sylvia Pinel, devenue en décembre vice-présidente PRG du conseil régional Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées. Elle a explicitement demandé à François Hollande et Manuel Valls de pouvoir quitter le gouvernement pour se consacrer pleinement à ce nouveau mandat.

Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, pourrait aussi être du voyage. Son élection à la tête de la région Bretagne et sa non-démission en décembre dernier avait fait beaucoup parler, certains estimant qu'elle était en contraction avec la promesse de François Hollande sur le non-cumul des fonctions. Mais le locataire de l'Elysée, qui souhaite le garder, lui laisserait le soin de décider.

Stéphane Le Foll a refusé de commenter les rumeurs qui le disaient sortant pour se consacrer à la préparation de la candidature de François Hollande à la présidentielle de 2017. Pourtant, ce proche de François Hollande aurait envie de changer d'air après la longue crise des éleveurs, selon Le Figaro. "C'est humain, au bout de deux ou trois ans au même poste, il y a une fatigue, un épuisement intellectuel et politique, note un poids lourd du gouvernement. Stéphane en a plein les bottes!", explique un de ses proches. D'autant qu'après le départ de plusieurs de ses collaborateurs à l'automne dernier, c'est à présent son directeur de cabinet qui s'est dirigé vers la sortie, selon Le JDD. S'il ne devrait pas quitter le gouvernement, Stéphane Le Foll pourrait changer de portefeuille, remplacé par le président du parti des radicaux de gauche, Jean-Michel Baylet à l'agriculture.

Quant à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, il est donné favori pour remplacer Jean-Louis Debré à la présidence du conseil constitutionnel. Son remplacement au Quai d'Orsay suscite les convoitises, dont celles du secrétaire d'État au Commerce extérieur, Matthias Fekl, ou encore du ministre des Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen. "Pour le Quai, François Hollande voudra quelqu'un qui ne l'emmerde pas, qui le rassure. Ça demande de la proximité", selon un ministre au Figaro. 

Nicolas Hulot au gouvernement?

François Hollande pourrait proposer un poste à des personnalités écologistes qui ont quitté le parti Europe-Ecologie-Les Verts, comme les députés François de Rugy et Barbara Pompili, ainsi que le sénateur Jean-Vincent Placé, selon La Tribune. Le chef de l'Etat pourrait aussi faire la surprise d'un coup médiatique en tentant de convaincre Nicolas Hulot, dont la mission comme envoyé spécial pour la protection de la planète s'achève. Ce dernier a d'ailleurs estimé sur France inter qu'on aurait "de toute façon besoin d’un gouvernement d'union nationale". Mais l'entrée de personnalités vertes reste un challenge pour François Hollande qui, après le départ de Christiane Taubira, souhaite jouer la carte de l'unité et éviter de nouveaux couacs.

Quel périmètre pour Macron?

Dans un premier temps, François Hollande aurait envisagé de confier à Emmanuel Macron un "super ministère", les Finances en plus de l'Economie; le chef de l'Etat aurait ainsi confié à Michel Sapin, son ami le plus proche depuis trente ans et à la tête des Finances, les Affaires étrangères. Mais Manuel Valls, en rivalité avec Emmanuel Macron, dont les déclarations suscitent souvent la polémique tout en étant très populaire dans les sondages, ne veut pas de ce scénario. Réponse mi-février.

Céline Hussonnois Alaya