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La ville de Montpellier annonce porter plainte contre Belloubet pour "prise illégale d'intérêt"

Nicole Belloubet, dans la cour de l'Elysée le 10 octobre 2018

Nicole Belloubet, dans la cour de l'Elysée le 10 octobre 2018 - Eric FEFERBERG / AFP

Dénonçant des accointances familiales et politiques de la ministre avec Toulouse, le maire de Montpellier compte déposer plainte, au nom de la ville, auprès de la cour de justice de la République.

La ville de Montpellier va porter plainte contre la garde des Sceaux Nicole Belloubet pour "prise illégale d'intérêt". Le maire de la capitale héraultaise, Philippe Saurel, lui reproche sa décision d'implanter une nouvelle cour administrative d'appel à Toulouse plutôt que dans sa ville.

"Nicole Belloubet a menti, sur l'argent, sur le calendrier et sur la décision. Nous avons découvert que le bureau d'étude chargé d'évaluer les sites de Montpellier et Toulouse est situé à Blagnac. Son principal client est la métropole" toulousaine, a affirmé lors d'une conférence de presse ce samedi Philippe Saurel.

Dénonçant des accointances familiales et politiques de la ministre avec Toulouse, il compte déposer plainte, au nom de la ville, auprès de la cour de justice de la République, compétente pour juger les ministres pour les actes commis dans le cadre de leurs fonctions.

"10 à 12.000 affaires par an" traitées à Montpellier

"Nous pressentons l'existence d'un conflit d'intérêt dans cette décision en lien avec les intérêts électoraux de madame Belloubet" et de La République en marche "avec la ville de Toulouse. Or, un ministre n'a pas le droit d'intervenir dans les sujets où il détient des intérêts", a ajouté Me Gilles Gauer, l'avocat de la ville. Nicole Belloubet a été adjointe à la mairie de Toulouse lorsque celle-ci était sous bannière socialiste.

Le maire divers gauche de Montpellier, soutien du président Emmanuel Macron, a également mis en cause le calendrier, soulignant que le dévoilement des investitures LaREM aux municipales, comme à Toulouse où le maire sortant Jean-Luc Moudenc l'a acceptée, avait concordé avec le choix de l'implantation.

"Cela prête à suspicion et va à l'encontre de l'intérêt général quand on sait que le volume traité par Montpellier est de 10 à 12.000 affaires par an contre 6000 à Toulouse", a déclaré Philippe Saurel.

Désaccord sur les coûts

La ville de Montpellier reproche également à la ministre d'avoir justifié son choix, dans la presse, par des raisons notamment financières, en affirmant que le site de Montpellier nécessitait un investissement plus important (7,5 millions d'euros) que celui de Toulouse (5,3 millions d'euros).

Or l'agence chargée de l'étude de faisabilité annonce sur son site internet un coût de 8 à 8,5 millions d'euros pour Toulouse, ce qui "signifie qu'il est probable que la ministre de la Justice ait donné des informations inexactes", a souligné l'avocat. 

Les affaires administratives traitées à Montpellier sont aujourd'hui susceptibles d'appel à Marseille et celles de Toulouse à Bordeaux. La nouvelle cour administrative d'appel doit permettre de les regrouper. La décision définitive sur son implantation doit faire l'objet d'un décret au conseil d'État.

Jules Pecnard avec AFP